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Le ton monte à Francfort mais surtout à Tokyo face à la chute du dollar et à la politique de «laisser faire» des Américains. «Si les mouvements du dollar affectent les économies européenne et japonaise, nous devons nous défendre», a déclaré il y a deux jours le secrétaire D’état adjoint aux Finances japonais, Hiroshi Watanabe. Les mouvements sur le marché des changes sont «malvenus», a enchaîné hier le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, à l’issue du conseil de la politique monétaire.

La décision de maintenir à 2% le principal taux directeur européen n’a créé aucune surprise. En revanche le marché était très curieux de sonder le président de la BCE sur les modalités d’une éventuelle «action commune» entre l’Europe et le Japon, évoquée à Tokyo. «L’intervention (NDLR : des banques centrales sur le marché des changes) est une arme qui historiquement existe», s’est borné à indiquer Jean-Claude Trichet, lors de sa conférence de presse, en insistant sur la nécessaire «discipline verbale» sur des sujets aussi sensibles. Il a précisé au passage qu’une baisse des taux d’intérêt, qui pourrait être un moyen de décourager les placements en euros et donc les achats d’euros, «n’a pas du tout été envisagée» par le conseil de la BCE hier. Au contraire, c’est l’éventualité d’un resserrement monétaire qui a été discutée.

Pourtant, la révision des perspectives de croissance pour la zone euro l’an prochain souligne le handicap que constitue une monnaie forte aujourd’hui. Alors que l’Allemagne vient d’enregistrer une nouvelle hausse du chômage à 10,8%, Jean-Claude Trichet a invoqué «l’impact des prix du pétrole» pour corriger de 2,3% à 1,9% sa prévision de croissance du PIB européen l’an prochain. Un chiffre sensiblement plus optimiste que celui de nombreux économistes de marché pour qui la croissance ne dépassera pas 1,4%- 1,5%. Par ailleurs, la BCE ne croit pas à la baisse des cours du brut, en tablant sur un prix moyen du baril à 44,40 dollars, contre 39 dollars cette année. De ce fait, l’objectif d’inflation a été relevé de 1,8% à 2% mais «il n’y a pas de preuve significative d’une accélération de l’inflation sous-jacente», a assuré le président de la BCE.

Ces commentaires, et la publication de bons chiffres américains concernant les commandes à l’industrie, ont permis au dollar de se ressaisir dans l’après-midi, après avoir atteint un nouveau plancher (l’euro à 1,3375 dollar) tôt dans la matinée. Mais les pressions baissières restent entières et les cambistes s’interrogent sur la marge de manœuvre des partenaires de Washington pour dé fendre, seuls, leurs intérêts en cas de glissade supplémentaire. Tant que l’euro ne s’approchera pas de 1,60 dollar, la Fed ne leur sera d’aucun secours, entend-on aujourd’hui dans les salles de marché.

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Actuellement Wall Street ne s’inquiète pas de la baisse de sa monnaie, Washington estime donc que celle-ci n’a rien d’excessif. Et il y a quinze jours, lorsque l’euro valait 1,30 dollar, le secrétaire au Trésor, John Snow, a clairement écarté le principe d’une intervention concertée, au motif que le marché est seul maître de la détermination des taux de change et que les tentatives pour le contrecarrer sont souvent mal récompensées. La dernière opération de ce genre remonte à septembre 2000. Il s’agissait alors de soutenir un euro à bout de souffle (il valait moins de 0,83 dollar) et l’effet positif de ces interventions a duré quelques mois. «Même en l’absence des États-Unis, le Japon peut s’allier avec l’Europe, le Canada et le Royaume-Uni pour canaliser la baisse du dollar», commente Antoine Brunet, chef-économiste de marché chez HSBC CCF. «Ce fut déjà le cas lors du précédent grand cycle d’affaiblissement du billet vert, entre 1985 et 1987», se souvient-il. Mais les banques centrales doivent être prêtes à mettre beaucoup d’argent dans la bataille, à l’image du Japon, qui a acheté environ 300 milliards de dollars entre avril 2003 et mars 2004, pour stopper la hausse de sa monnaie.

Interrompues depuis neuf mois, les interventions de la Banque du Japon pourraient donc reprendre et cette fois peut-être avec les banques européennes. Une chose est sûre: le signal marquant la fin du grand mouvement de baisse du dollar sera donné lorsque tous les intéressés, Washington compris, agiront dans le même sens. Ce n’est pas le cas pour le moment.

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