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Ils n’auraient jamais dû être embauchés, pourtant, leurs savoir-faire ou leurs métiers ont convaincu des entreprises. Ils y occupent aujourd’hui une fonction inattendue.

JEUNE CHEF de 25 ans, Pierre Keirle exerce l’art de cuisiner et de dresser les plats… à plus de 30 000 pieds d’altitude. Dans une petite cuisine aménagée de trois fours, d’une machine à café, prendre les commandes, concocter les repas, offrir aux passagers des prestations similaires à celles d’un restaurant, est à chaque vol un vrai plaisir mais aussi un challenge. A l’arrière de l’avion, Lenka Minarcikova, ancienne institutrice, s’occupe de divertir les enfants depuis l’embarquement jusqu’à l’atterrissage et de soulager leurs parents par des coloriages, jeux et service de repas décalé. Pierre Keirle fait partie des 140 chefs au service des passagers de 1re classe et Lenka Minarcikova des 100 nannies disponibles pour tous les passagers des long-courriers recrutés depuis deux ans par la compagnie Gulf Air. Compagnie aérienne de taille moyenne, la société implantée à Bahreïn entend en effet miser sur l’originalité et la qualité de son service pour améliorer son image et se démarquer de la tendance low-cost qui se renforce depuis quelques années.

Dans un tout autre secteur, la Maison de champagne Veuve Clicquot Ponsardin salarie Fabienne Huttaux (photo 1) pour un métier peu classique : historien au service de l’image. Fabienne Huttaux, historienne de formation, est rattachée à sa direction de la communication. Elle valorise un fonds d’archives, le plus important inventorié dans la région rémoise en raison des bombardements de la Première Guerre mondiale. Ces archives sont aussi devenues un outil de communication interne pour fédérer les collaborateurs autour d’un riche passé. «De luxe, nos produits ont un prix que l’on doit justifier par une qualité, une histoire, souligne Geneviève Dejoie, responsable de la communication institutionnelle. Le discours historique authentifie nos valeurs. D’autant plus qu’avec la loi Evin, il est intéressant de pouvoir communiquer sur notre patrimoine.»

Plus insolites encore sont les métiers qui naissent d’une passion ou d’un penchant.

Philosophe de formation et éprise d’art, Christine Cayol a voulu réconcilier philosophie, monde du sensible et entreprise. Créée il y a douze ans, sa société Synthesis propose des détours par l’art (tableaux, sculptures, films… selon le thème et les affinités de l’intervenant) pour aider les managers et leurs équipes à surmonter des difficultés, envisager différemment leurs problèmes ou encore stimuler leur créativité. Partie d’une intuition forte et de sa passion, et sans aucun business plan, Christine Cayol semble avoir répondu à un vrai besoin : celui de se montrer plus réceptif au monde extérieur pour être plus efficace.

Consultant indépendant, Didier Kahn recommande chaudement ce mariage travail passion : «Quand on a une passion, on est dans le plaisir, donc on travaille a priori plus efficacement et harmonieusement. C’est pourquoi j’engage toujours mes clients en reconversion à chercher un poste proche de leurs valeurs, de leurs missions (ce à quoi ils veulent être utiles) et de leurs ressources.» «J’ai vite eu l’impression d’avoir fait le tour. Surtout je me disais que si le métier était sympa à 25 ans, cela pouvait vite devenir pathétique à 45 ans si je n’avais pas d’autre projet», concède-t-il.Reste à trouver le bon créneau. Passionné d’illusionnisme, Matthieu Sinclair (photo 4), après une école de commerce et un DESS en psychologie sociale, a voulu vivre de la magie, ce qu’il a fait pendant un an en multipliant les spectacles. Fort de ce constat, il décide de créer avec un associé tout aussi fondu de prestidigitation, puisque consultant auprès de David Coperfield et auteur de nombreux ouvrages sur la question, une société qui propose aux entreprises un détour par l’illusionnisme comme outil de pédagogie et de communication.

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Si sa formation initiale lui a été d’une aide précieuse, Matthieu Sinclair reconnaît apprendre sans cesse au contact de ses clients et devoir beaucoup à son référencement chez HEC Management, qui lui a ouvert un certain nombre de portes. Se former à titre personnel, c’est aussi la démarche qu’a adoptée Anne Bardot, responsable de l’analyse sensorielle chez PSA Peugeot Citroën. Ingénieur mécanique et acousticienne de formation, elle a dû se frotter à la psychologie cognitive et expérimentale lorsque les constructeurs automobiles se sont ouverts à l’analyse sensorielle à la fin des années 90. Du coup, son métier s’est enrichi d’une palette de missions nouvelles et de compétences engrangées au fil des projets et de ses contacts avec différents laboratoires.

Éminemment liés à la personnalité et au parcours de celui qui a contribué à le créer ou le mettre en place dans l’entreprise, ces métiers insolites voient se poser la question de leur transmission et de leur pérennité. Geneviève Dejoie aspire à ce que le poste d’historienne d’entreprise s’ancre dans les structures de Veuve Clicquot Ponsardin au-delà de la personnalité de Fabienne Huttaux. De son côté, Caroline Viennet a pris le relais d’une de ses collègues, à l’origine du poste de maîtresse de maison, chargée de l’accueil et de l’atmosphère au sein du laboratoire Boiron. Depuis sept ans, les deux femmes se partagent à temps partiel le poste. «Pendant presque trois ans, j’ai absorbé un maximum d’informations. Mais si j’ai à coeur de faire les mêmes choses que ma collègue, nous les faisons différemment, estime Caroline Viennet. Puis l’entreprise a évolué, et moi avec elle. Si je suis là aujourd’hui, c’est que le poste est devenu pérenne, d’autant qu’il correspond à la volonté de Christian Boiron que l’entreprise ne perde pas son âme alors même qu’elle continue de grandir.»

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