Partager est savoir!
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les monnaies de la république sont frappées sous l’autorité, le contrôle et la responsabilité d’un collège de magistrats, dont l’institution remonte à l’an 289, et dénommés tresviri aere, argento, auro flando feriundo. Ceux-ci substituèrent peu à peu aux types traditionnels leurs emblèmes personnels, puis en vinrent à inscrire sur les deniers leur initiale, leur monogramme, enfin leur nom tout entier : prénom, gentilice et cognomen. Comme ils faisaient appel à tous les souvenirs dont leur famille tirait gloire, nous sommes là en présence d’une suite innombrable d’images pittoresques, d’allusions et de symboles, dont le déchiffrement nous éclaire sur toute l’histoire romaine.

Nous jetterons ici un bref coup d’œil sur le panorama déployé dans nos médailliers.
L’histoire légendaire de Rome fournit d’abord toute une série considérable de types expressifs : la louve et les jumeaux, la légende de Tarpeia accablée sous le poids des boucliers samnites, l’enlèvement des Sabines, les Dioscures abreuvant leurs chevaux à la fontaine Juturna, après la bataille du lac Régille, le taurobole de l’Aventin dont parle Tite-Live. Les effigies imaginaires des rois de Rome sont évoquées par d’autres monnayeurs : Romulus Quirinus, Ancus Martius, Numa Pompilius.

Denier « Gens Postumia

Denier JULIA. 103 B.C.

Denier Cornelia 70 AC

Quantité d’autres types se réfèrent à l’événement militaire d’un passé plus ou moins éloigné. La Guerre sociale de 92 à 89 est commémorée par des deniers qui portent le non de l’Italie : VITELIV ou ITALIA, avec les noms des chefs ennemis, Posupedius Silo ou Papius Mutilus, tandis que la lutte est symbolisée par le combat taureau et de la louve, ou bien l’alliance par la scène du sacrifice sur le porc. Un éléphant rappelle la victoire de Panorme remportée par Metellus en 251, un arc de triomphe célèbre 1e triomphe de Gallis et Liguribus, en 223. Voici encore la victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons, en 101 ; le triomphe de Paul Emile sur Persée, le dernier roi de Macédoine, à Pydna, en. 168 ; la conquête de la Sicile par Marcellus, en 212 ; la victoire remportée sur Bituit, roi des Arvernes, symbolisé par la carnyx, la trompette gauloise ; la reddition de Bocchus, roi de Maurétanie, après la défaite de Jugurtha, en 105.

Denier VIBIA. c. 90 B.C. République romaine

Parmi les évènements politiques qui fournissent un type aux deniers, citons le protectorat de Rome sur l’Egypte affirmé par l’envoi de Lépide comme tuteur du jeune roi Ptolémée V. La distribution de terres aux vétérans, en l’an 100, est figurée par un attelage de bœufs de labour.

Mais voici d’autres scènes de la vie romaine : la course aux flambeaux (deniers de L. Piso Frugi), les citoyens venant déposer leur bulletin de vote en défilant sur une passerelle, ou encore, les jeux floraux.
Certains de ces types nous offrent les tableaux les plus pittoresques et ne négligent pas l’anecdote, l’esprit d’observation s’y donne libre cours : voici par exemple sur un dromadaire, le roi de Nabatène, Arétas, vaincu par Scaurus en l’an 62. C’est avec le même don de reproduire la réalité, non sans une certaine sécheresse, bien loin du style enveloppé des Grecs, que les monuments sont aussi représentés, un aqueduc comme l’Aqua Martia, en 144-140 ou le temple de Vesta, des statues diverses, comme la statue équestre de Sylla, celle de M. Aemilius Lepidus, au Capitole, érigée après la soumission des Ligures, des portraits enfin, empreints de ce pragmatisme que les Romains devaient sans doute aux Étrusques, le prétendu Scipion l’africain sur les deniers de Cornelius Blasio ; Caelius Caldus, qui est un des meilleurs de la série ; le tribun Servius Sulpicius Rufus ; le consul M.Claudius Marcellus qui prit Syracuse en 212 ; la vestale Aemilia Lepida ; Vercingétorix peut-être, le visage émacié par une dure captivité; ou encore Jugurtha, Nummonius Vaala, Sextus Pompée, Cneius Pompée et son fils, le grand Pompée, le préteur Regulus, Brutus.
D’autre part l’allégorie ne perd pas ses droits. Des figures de femmes symbolisent des contrées, comme, par exemple, l’Espagne, l’Afrique, l’Asie, ou bien des abstractions personnifiées, Honos et Virtus, le Génie du Peuple romain, la Liberté, la piété, Salus, la Paix, la Fortune, la Concorde. Diane dans un bige représente la ligue latine avec Rome, contre Hannibal ; la Victoire volant au-dessus des Dioscures la fin de la première guerre punique.

La monnaie d’or n’apparaît que très tard, avec les aurei de Sylla émis, en 87 av L-C. Il faut y voir, au moins au début, un monnayage exceptionnel par quoi s’affirme l’autorité despotique du chef d’armées assimilé déjà aux monarques helléniques. Parmi ces pièces l’une des plus frappantes est celle qui fut frappée par le questeur A.Manlius, en 81 av.J.C. et qui représente la statue équestre de Sylla dictateur. Les monnaies d’or de César sont abondantes. Dès 46 ou 45, on peut reconnaître ses traits dans l’image de la Pietas voilée qui dissimule le personnage du pontife suprême, alors consul pour la troisième fois. Ainsi l’on a pu confondre le visage du conquérant avec celui d’une vieille femme, et la méprise était soigneusement ménagée. C’est, en effet, à partir de l’an 44 seulement, que les lois permettent à l’effigie d’un homme vivant de servir de type à la monnaie, et César aurait été le premier à bénéficier de cette faveur des Pères conscrits, si les poignards de Casca et de Brutus lui avaient permis de jouir du droit qui lui avait été ainsi conféré.

Denier de Jules césar

Ses portraits monétaires sont tous immédiatement postérieurs à sa mort, en 44. cet exemple fut suivi aussitôt par les libérateurs Brutus et Cassius qui frappèrent des monnaies à leur effigie en Orient.

Denier de Brutus. Les ides de Mars

Les triumvirs Lépide , Antoine et Octave, apparaissent sur les monnaies d’or de L.Mussidius, qui datent de 39. Octave sur les monnaies d’or de Livineius Regulus, en 39, de Vibius Varus, en 38, de Q.Voconius Vitulus, en 37, de T.Sempronius Gracchus, en 37.

L’aureus de Labienus, en 40, commémore la guerre des Parthes. Antoine et Cléopâtre nous ont également laissé leurs portraits sur des deniers.
Quant à l’économie monétaire, on notera que le seul moyen adopté pour liquider ce que nous appellerions les dettes de guerre consistait dans la refonte, l’affaiblissement progressif de la monnaie. C’est ainsi que l’as fut réduit de 10 à 5 onces à la suite des guerres pyrrhiques.

La monnaie d’argent fut émise à un taux supérieur à sa valeur métallique. Les guerres puniques entraînèrent de semblables altérations, l’as oncial en fut la conséquence. Il va de soi que ces mesures drastiques provoquaient la méfiance non pas seulement des créanciers spoliés, mais de tous les usagers. On en vint à suspecter l’aloi des deniers mis en circulation. C’est sans doute ce discrédit qui s’exprime par l’émission de deniers mis en circulation. C’est sans doute ce discrédit qui s’exprime par l’émission de deniers dits serrati, parce que leurs bords étaient découpés en dents de scie, vers 220. On prétendait par là s’assurer que les espèces étaient de métal pur et non pas fourrées, c’est-à-dire composées de métal vil recouvert d’une mince pellicule d’argent.

Pomponia – Republique Romaine – Denier Serrati