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Pour sa première rencontre à Berlin avec son homologue Hans Eichel, le nouveau ministre des Finances Hervé Gaymard s’est contenté hier de traiter des dossiers bilatéraux franco-allemands, principalement industriels. Ils sont par ailleurs convenus de se réunir avant chaque Eurogroupe et chaque Ecofin de manière à arrêter le plus souvent possible des positions convergentes. En revanche, hier, pas un mot sur les monnaies. C’est d’ailleurs l’ensemble des dirigeants politiques européens et mondiaux qui s’abstiennent de commenter la glissade du dollar. «Dans toutes les capitales, on joue la montre, l’attentisme est général. La baisse du billet vert se réalise sans panique pour les marchés. Cela n’incite pas à chercher une solution. Chacun s’en tient à une attitude non coopérative», analyse Jean-Paul Betbèze, le conseiller économique du président du Crédit agricole.

En Europe, l’attentisme se nourrit du vide institutionnel.

L’entrée en fonction d’un Monsieur euro, en la personne de Jean-Claude Juncker, ministre des Finances (et premier ministre) du Luxembourg, qui remplira cette mission pendant deux ans et demi, ne sera effective que le 1er janvier 2005, même si l’on met beaucoup d’espoir en lui. Le chancelier allemand Gerhard Schröder a déclaré hier qu’il attendait de sa part «des suggestions visant à donner aux États membres plus de souplesse dans la mise en œuvre du pacte» (de stabilité budgétaire). Aux États-Unis, l’Administration Bush met en place son équipe pour son second mandat, l’actuel secrétaire au Trésor, John Snow, étant présumé garder son poste pendant encore plusieurs mois. En Asie on ne semble pas avoir véritablement défini des positions claires en matière de taux de change, alors que la baisse du dollar tend à se généraliser. Selon les économistes de la banque HSBC-CCF, depuis l’été, le dollar s’est déprécié vis-à-vis de 24 monnaies convertibles et flottantes. C’est-à-dire la totalité des monnaies qui comptent, à l’exception du yuan chinois.

Les rares messages envoyés récemment par des autorités monétaires ont contribué à accentuer la baisse du dollar au lieu de le soutenir. Le gouvernement chinois et la Banque centrale de Russie ont ainsi annoncé leur intention de diversifier leurs réserves de change en d’autres monnaies que le dollar. De son côté, le gouverneur de la Banque du Japon a expliqué que son pays n’envisageait pas de reprendre ses interventions sur le marché des changes. Propos démentis mercredi par le secrétaire japonais adjoint au Finances, Hiroshi Watanabe, qui a suggéré une «action commune» avec l’Europe. Ces hésitations montrent que les autorités nipponnes se soucient des pertes gigantesques qu’elles sont en train d’essuyer sur leurs réserves en dollars, qui dépassent 700 milliards ! Jean-Claude Trichet a assez vertement critiqué l’ensemble de ces déclarations. «La discipline verbale est essentielle» sur de tels dossiers, selon lui. Le président de la Banque centrale européenne fait sien le conseil du philosophe Ludwig Wittgenstein : «ce dont on ne peut parler, il faut le taire». Or personne ne peut dire aujourd’hui en quoi consiste une solution commune à la crise du dollar. Ce compromis politique où les Américains s’engageraient par exemple à limiter leurs déficits et les Européens à affermir leur croissance économique n’existe pas pour le moment.

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