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C’est l’Italie qui lança dans la circulation la monnaie d’argent de flan épais : Galéas Marie Sforza, duc de Milan, en 1474 fit frapper les premières lire d’argent qui prirent le nom de teston. Ce sont d’admirables pièces portant au droit le buste nu-tête du prince, avec au revers l’écu à la guivre incliné sous un haut cimier. Ce chef-d’œuvre de la gravure monétaire inspira la création de pièces analogues non seulement dans d’autres pays de l’Italie, mais en France, en Angleterre, en Suisse, etc.

1 – L’Europe du XVI . Un système monétaire basé sur les monnaies d’argent.

En France, c’est seulement sous le règne de Louis XII (1498-1515) que l’on voit apparaître le teston de dix sous tournois, soit une demi-livre de compte. En Angleterre, sous Henri VII (1485-1509) se montre timidement le shilling de 12 pennies ou sol de compte d’esterlins devenu monnaie réelle, et à ce moment, le shilling reste une monnaie exceptionnelle. En Allemagne, à la fin du XVe siècle, la découverte de nouvelles mines d’argent au Tyrol, en Bohême, et l’exploitation plus active de celles qui existaient déjà sur le versant saxon des montagnes du Harz provoquèrent au Tyrol et dans les ateliers monétaires des régions voisines la frappe de grandes monnaies d’argent à flan épais, plus lourdes que les testons. Les plus anciennes, frappées par l’archiduc Sigismond, portent les dates de 1484 et 1486. Ces pièces prirent le nom de guldengroschen parce qu’elles étaient l’équivalent en argent du florin ou gulden (d’or).

Friedrich der Weise, 1/4 Guldengroschen, datée de 1507

Sur le versant bohémien du Harz, les comtes de Schlick, possesseurs des riches mines d’argent du Joachimsthal, imitèrent l’exemple de leurs voisins : ils se mirent à battre des monnaies de même poids, mais d’aloi plus faible, qui se répandirent sous le nom de Joachimsthaler. Ce nom, abrégé en thaler, devint celui de nombreuses monnaies analogues dont la frappe se pratiqua dans toute l’Allemagne. Le thaler se divisa en 15 batzen et 60 kreuzers. Maximilien d’Autriche fit fabriquer en 1487 un grand réal d’argent qui voulait être un thaler, mais qui n’en avait pas l’épaisseur. C’est une pièce de huit gros. A ce moment, l’argent est encore rare dans le reste de l’Europe, hors l’Allemagne.


2 – L’arrivée de l’or du nouveau monde.

Teston, 1553, Toulouse,

Pourtant, les dix dernières années du XVe siècle avaient vu la découverte de l’Amérique et de ses mines d’or et d’argent. Néanmoins, jusqu’en 1520, le courant d’importation en Europe des métaux précieux fut peu important. C’est principalement de l’or qui arrive du nouveau monde sous forme d’ornements arrachés aux indigènes, et cet apport tend à déprécier l’or par rapport à l’argent. Aux Pays-Bas il faut attendre 1536 pour voir reparaître une pièce de 8 gros ou 4 patards : c’est le vlieger ou krabbelaer, ainsi dénommé à cause de l’aigle impériale qui le décorait. Mais l’argent affluait abondamment à ce moment d’outre-Atlantique : la fameuse mine du

Potosi commençait à être exploitée; aussi Charles-Quint créa-t-il en 1543 le florin carolus d’argent de 20 patards équivalant au

Potosí (mine d’argent au Pérou)

florin carolus d’or. C’est en même temps la transformation en monnaie réelle de la livre de compte de quarante gros. Cette livre, qu’on ne rencontre qu’aux Pays-Bas, s’était créée en prenant comme sou le double gros.
En France, sous le règne de François Ier (1515-1547), le teston devient la grosse monnaie courante et est frappé dans une multitude d’ateliers.
En Angleterre, c’est seulement après 1543 que Henri VIII émit en abondance le shilling au buste de face.
Mais ces espèces n’étaient pas encore assez fortes. Édouard VI, en 1551, crée la couronne au type du roi à cheval et de la valeur de cinq shillings, pour mettre sa monnaie au niveau des thalers de l’Allemagne. Aux Pays-Bas, Philippe II, en 1559, remplace le florin carolus de vingt patards par le Philippus daeldre ou demi-réal d’argent de 35 patards, et quelques années plus tard, en 1575, Henri III, en France, substitue au teston le franc qui n’est rien d’autre que la livre tournois représentée par une monnaie réelle.


3 – Système monétaire européen après le XVI Siècle. La monnaie d’or s’impose.

Les trois derniers quarts du XVIe siècle, par suite de l’afflux des métaux précieux furent un temps de hausse constante des prix et d’instabilité monétaire. Le centre du commerce de l’argent passa de Venise et de Florence à Anvers, dont la bourse régla le cours des métaux précieux affluant du Nouveau Monde. C’est seulement au XVIIe siècle que l’on arriva à une certaine stabilisation.

3.1 Pays bas: Souverain et double-ducat

Aux Pays-Bas, à partir de 1612, les archiducs frappent des souverains d’or de six florins, des pièces d’argent de quarante-huit patards ou patagons, puis, depuis 1618, des ducatons de trois florins.

Le ducaton, le ducatone ou le ducatoon était une pièce d’argent des XVIe-XVIIIe siècles.

Ce système persista aux Pays-Bas jusqu’au règne de Marie-Thérèse avec quelques changements de détail. En 1755, le ducaton fut supprimé et remplacé par la couronne d’argent de valeur légèrement inférieure (2 fl. 14 s.).
Dans les Pays-Bas septentrionaux, après la constitution de la République des Provinces-Unies, chaque province se mit à monnayer à sa guise, ce qui provoqua un grave désordre monétaire. En 1606, les États Généraux promulguèrent une ordonnance qui, à part quelques modifications de détail, régla la fabrication des monnaies jusqu’à la fin de la République. Tous les ateliers furent tenus de frapper les mêmes monnaies, mais celles-ci se différenciaient par les armoiries.

Double Ducat d’or de 1655 (Hollande)

Les principales pièces furent le double ducat, le ducat, le cavalier et le demi-cavalier, en or; le rijksdaalder et son demi, le leeuwen- daalder et son demi, Yescalin ou pièce de vingt gros ou de dix stuivers, le double sol, le sol en argent et la dute de cuivre. En 1659, on y ajouta le cavalier d’argent ou ducaton et son demi, et le ducat d’argent. Enfin, en 1694, on créa les pièces de trois, deux et un florin au type de la pucelle.
Le royaume de Hollande, issu de la République batave conserva l’ancien système monétaire en en adaptant les coupures au système décimal. Après 1814, au royaume des Pays-Bas, le florin resta l’unité monétaire, mais il fut divisé en cent cents.

3.2 France. Le louis d’or et l’écu blanc.

En France, sous Louis XIII, à partir de 1640, on frappa le louis d’or de dix livres et l’écu blanc de trois livres. Sous Louis XIV se succèdent une série de louis et de blancs de type et de valeurs différentes qui aboutissent au louis d’or aux huit L, d’une valeur de vingt livres, et à l’écu aux trois couronnes de cinq livres. En 1718, sous Louis XV, le louis de Malte fut émis pour trente-six livres, concurremment avec l’écu de Navarre de six livres, mais en 1772, le louis fut ramené à vingt-quatre- livres, tandis que l’écu conservait sa valeur de six livres. Ces monnaies furent maintenues jusqu’à la révolution française.

Double louis d’or aux huit L et insignes à l’effigie de Louis XIV

Écu d’argent ou louis d’argent ou écu blanc de Louis XIII le Juste.

3.4 Angleterre. Du Souverain à la Guinée

En Angleterre, Jacques Ier (1603-1625) remplaça dès son avènement l’ancien souverain d’or par l’unité d’or de vingt shellings,  sous Charles Ier on frappa en 1643 des pièces triples : les pièces de trois livres ou de soixante shellings. En 1662-1670, sous Charles II l’unité est remplacée par la guinée de vingt shellings. On frappa des pièces de cinq guinées ou cent shellings et ce système subsista jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

3.5 Allemagne et suisse. Un numéraire confus, le florin et le ducat.

Quant à l’Allemagne, l’émission des monnaies y fut extrêmement compliquée et confuse, par suite de la faiblesse du pouvoir impérial. Les efforts de Charles-Quint pour y réglementer le monnayage furent vains. Ceux de ses successeurs, parfois plus heureux, ne réussirent pourtant pas à créer l’unité. Il est impossible de donner ici ne fût-ce qu’un aperçu de la diversité des monnaies qui circulaient dans l’empire, il faudrait pour cela tout un volume. Bornons-nous à dire que les monnaies d’or sont des florins et des ducats; la bonne monnaie d’argent, des thalers, des marcs ou des batzen; viennent ensuite d’innombrables monnaies divisionnaires en billon et en cuivre, Yalbus, le schilling, le pfennig, le kreuzer, le groschen, le heller, etc., dont la valeur est différente suivant les régions auxquelles elles appartiennent.

thalers Allemand et autrichien. Une monnaie de 25 cents pour donner l’échelle

La Suisse, à la fin du XVe siècle, avait formé une confédération composée de treize cantons restés autonomes en matière monétaire. Ceux-ci frappèrent séparément des florins et des ducats d’or, des testons ou dicken, des thalers et une grande variété de petites monnaies. Les types principaux sont empruntés avant tout aux saints du pays, et il a également été fait un usage abondant des armoiries.

3.6 En Italie. Un système numéraire varié basé sur l’argent.

Le monnayage de l‘Italie est extrêmement varié par suite du nombre considérable de petits États dont celle-ci se composait. Signalons le duché de Savoie où le teston apparaît sous Charler Ier en 1483. Le système monétaire y fut organisé par Emmanuel-Philibert entre 1562 et 1566. Ce prince créa la lira d’argent de 8 sols 1 denier, l’écu d’argent de 3 lire, et le philibert d’or de 9 lire. Victor-Amédée (1630-1637) porta la lira à 20 sols.
A Venise, en 1471, à côté du matapan de trois sous traditionnel, on frappa des lire d’argent de vingt sols qui prirent le nom de testons, puis le scudo ou ducaton d’argent de sept lire. Le sequin et parfois une série de multiples de celui-ci — il existe jusqu’à des pièces de cent sequins — continuent à constituer la monnaie d’or. Signalons encore les thalers — talleri — au buste de la république de Venise imité de celui de Marie-Thérèse, qui furent frappés à Venise pendant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle pour le Levant où les thalers de Marie-Thérèse avaient acquis une vogue extraordinaire qui dure encore aujourd’hui.

3.7 Numéraire en Espagne. Du double ducat d’or a l’Escudo.

Les principales séries monétaires d’Espagne sont celles de Castille; l’Aragon, le comté de Barcelone, la Catalogne, Valence, les Baléares, etc., ont eu également leurs monnaies propres, mais celles-ci sont beaucoup moins nombreuses et beaucoup moins importantes.
En 1497, Ferdinand et Isabelle réformèrent le système utilisé jusqu’alors en créant l’excelente de granada, ou double ducat d’or à leurs bustes affrontés et aux armes d’Espagne, ainsi que le réal d’argent aux armes d’Espagne couronnées, au revers, on voit un joug, emblème du roi, et un faisceau de flèches, emblème de la reine.

Double Escudo

Ce monnayage au nom des rois catholiques continua après leur mort jusqu’en 1537. Charles-Quint remplaça le double ducat par la corona ou escudo aux armes d’Espagne avec au revers la croix de Jérusalem; le réal d’argent reçut au revers les colonnes d’Hercule avec la légende plus ultra qui fait allusion aux expéditions maritimes dans l’Atlantique. On frappa aussi des pièces de deux et quatre réaux.
Sous Philippe II (1556-1598) on voit apparaître des écus d’or doubles et quadruples qui, dans les tarifs, sont qualifiés de pistoles et de pistolets. Sous Philippe III (1598-1621) on frappe l’once d’or ou pièces de huit écus d’or, et des pièces de cinquante réaux d’argent de 77 millimètres de diamètre. Sous Philippe IV (1621-1665), on signale une pièce de cent escudos ou douze onces. Mais ce sont là pièces d’apparat, l’affaiblissement des monnaies se faisait sentir de plus en plus. Philippe V (1700-1746) fit placer au droit des écus d’or le buste cuirassé du roi; à partir de 1772, l’effigie royale figure sur toutes les espèces aussi bien d’or et d’argent que de cuivre.

Le real (monnaie en argent) et l’Escudo (monnaie en or)

3.8 Portugal. Du portuguez a l’escudo en or.

Les fortes espèces d’or et d’argent apparaissent au Portugal sous le règne d’Emmanuel Ier (1495-1521) qui fit fabriquer le portuguez d’or à l’écu couronné et au revers de la croix pattée ; la cruzade d’or, également à l’écu couronné, mais au revers de la croix dite croix de saint Georges, et enfin, le teston d’argent. Jean III, en 1556, y ajouta le San Vicente d’or, au buste de saint Vincent tenant un navire. Sous Henri Ier (1578-1580) apparaît la moeda de 500 reis d’or. Pendant l’occupation du Portugal par l’Espagne, de 1580 à 1640, le système monétaire dans son ensemble ne subit pas de modifications. Jean IV (1640-1656) continua le monnayage de ses prédécesseurs; il y ajouta la conception, grande pièce d’or au type de N.-D. de Conception. Par la suite, ce fut la décadence financière jusqu’à la paix d’Utrecht de 1711. Jean V modifia le type de l’or en 1722 ; il créa l’escudo d’or, ses multiples et ses divisions. Sur ces nouvelles pièces d’or, le droit porte le buste du souverain, et le revers les armes du Portugal. Il en fut ainsi jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

3.9 Scandinavie, Europe de l’est . Des nobles d’or aux ducats.

Au Danemark et en Norvège, les premières monnaies d’or furent frappées par le roi Jean (1481-1515); ce furent le noble de six florins du Rhin, au type du roi assis sur son trône, et imité des monnaies espagnoles, puis le florin au saint Canut debout. Christian II (1513-1523) y ajouta la forte monnaie d’argent en créant le florin d’argent de vingt-quatre shillings qui reproduit le type du noble d’or. En 1537, Christian III introduisit le joachimsdaler imité des thalers allemands, puis, en 1542 le marc, tiers de thaler. Sous Christian V (1670-1699) on rencontre des ducats frappés avec l’Or importé de Guinée. A partir de 1775, on frappa le Christian d’or ou pistole au buste du roi, et le « rigsdaler species » au monogramme royal.
En Suède, la vraie monnaie lourde d’argent date de Gustave Ier Wasa, qui fit frapper des thalers et des demi-thalers dès 1534. Eric XIV (1540-1569) y ajouta le marc, pièce de huit öre. Sous Jean III, en 1569, on trouve le ducat d’or au buste et aux armes, ainsi que des pièces d’or de 48, 24, 12, 6 et 3 marcs. Sous le règne de Christine (1633-1654), à côté du numéraire usuel, on commença la fabrication des énormes plaques de cuivre connues sous le nom de « plâtmynt » qui ne prit fin qu’à la mort de Gustave III (1792).

4 Europe de l’est. Du denier au Thaler.

Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, la Hongrie n’avait connu que le denier. Bêla IV et son fils Étienne, associé à son père en 1254, firent frapper des monnaies de cuivre légèrement concaves, d’allure byzantine, à leurs effigies assises. Charles Ier (1308-1342) adopta le florin d’or au lis et un gros copié de ceux de Naples. Louis Ier d’Anjou (1342-1382) créa le florin au saint Ladislas, patron du royaume. Ladislas Postume remplaça sur ses ducats le saint par une aigle éployée portant les armes d’Autriche sur la poitrine. Mathias Corvin (1458-1490) y substitua la Vierge. Enfin, Vladislas VI (1490-1516) plaça sur les ducats saint Ladislas et la Vierge debout. Ces pièces, frappées en quantités considérables, circulèrent avec faveur dans toute l’Europe sous le nom de ducats de Hongrie. Il fit aussi battre des thalers au saint Ladislas a cheval. Après le règne de Ferdinand Ier (1527-1563), la Hongrie fut rattachée à l’Autriche.
En Pologne, ce fut Sigismond Ier qui, en 1528, introduisit la monnaie d’or sous forme de ducats à son buste. Il y ajouta une pièce d’argent également à son buste. Celle-ci valait six gros ; on la qualifia de demi-thaler. Le thaler fut frappé à partir de 1578 par Étienne Bathori; il porte le buste couronné de celui-ci. Le système du ducat et du thaler persista jusqu’à la fin du royaume de Pologne, avec de légères modifications provoquées par l’influence des variations du numéraire en Allemagne.

4.1 En Russie. Un numéraire en argent unifié par Pierre le Grand.

10 Roubles. Elizabeth I.

La Russie au XIVe siècle ne formait pas un État; elle se composait d’une série de grands duchés et d’apanages parmi lesquels se trouve le grand-duché de Moscovie qui devait grouper tous les autres autour de lui. Le monnayage était très abondant; il se composait de petites pièces d’argent à types extrêmement variés que l’on retrouve dans les différents États : cavalier dans des attitudes diverses; prince debout ou assis tenant l’épée ou la hache; archer tirant un oiseau; des animaux fabuleux : sirène, centaure, griffon; Samson brisant la gueule du lion, etc.
L’empire de Russie fut créé par Ivan IV Vasilievitch qui, en 1547, se fit couronner tsar. Il n’émit que des dengui et des copecks au cavalier moscovite. Le copeck valait deux dengui, et cent copecks formaient un rouble de compte qui équivalait au ducat du centre et de l’ouest de l’Europe. Les premiers roubles d’argent furent émis par Alexandre Mikhaïlovitch (1645-1676) au double de leur valeur. Ce fut Pierre le Grand (1689-1725) qui réforma le monnayage : on eut le ducat qui fut de même valeur que celui de l’Empire germanique; le rouble d’argent et ses divisions, au buste du tsar, et le copeck au saint Georges avec quelques multiples.
Sous Catherine Ier (1725-1727) on commença à fabriquer en Sibérie, à Ekaterinbourg, des plaques de cuivre analogues au platmynt de Suède, et destinées à circuler pour des valeurs allant d’un rouble à un copek. Elisabeth, à partir de 1755, ajouta à ces séries des pièces d’or de dix et de cinq roubles à son buste : ce sont les impériales et demi-impériales. Pendant le règne de Catherine II, en 1762, on reprit la frappe de pièces d’un rouble en cuivre, pesant chacune plus d’un kilogramme. Ces fabrications durèrent jusqu’en 1749.
En 1796, Paul 1er voulut introduire en Russie le système monétaire de la Hollande ; cette réforme fut très mal accueillie, et en 1797, il fallut en revenir au système antérieur qui a continué à fonctionner par la suite.

4 Les colonies européennes.

Depuis le XVIe siècle, les pays européens ont frappé des monnaies destinées à leurs colonies. Celles-ci ont été battues soit sur le territoire de celles-ci, soit dans la mère patrie. Beaucoup de ces espèces constituent la menue monnaie pour la circulation locale, les fortes pièces étaient celles de la métropole. Cependant, en Amérique et dans l’Inde, il a été fabriqué des monnaies lourdes. Certaines de celles-ci, le peso ou piastre des colonies espagnoles, et la roupie des Indes anglaises, ont eu une importance et une influence considérables.
C’est le Portugal qui a inauguré la série des monnaies coloniales : à Goa (Indes portugaises), Emmanuel Ier (1500-1521) fit frapper des demi-crusades d’or et de la menue monnaie, puis Jean III (1521-1557), des san Thome également en or, au type de saint Thomas. L’incapacité des graveurs coloniaux a communiqué à cette série un aspect vraiment barbare.

Macuquinas frappés en Bolivie.

Les immenses colonies américaines de l’Espagne, très riches en mines d’argent, suivirent peu après. Charles-Quint, en 1535, établit un atelier monétaire à Mexico. On y frappa des pesos ou pièces de huit réaux aux armes d’Espagne et aux colonnes d’Hercule, et une série de divisions. Plus tard, on eut des ateliers à Lima, Potosi, Santa Fe de Bogota. Les fabrications sont souvent grossières; elles durèrent jusqu’à la révolte des colonies. A partir de 1675, on y émit également des monnaies d’or : l’escudo et ses multiples (2, 4, 8 écus).
Le Brésil se conforma au système de la métropole, tant pour l’or que pour l’argent.
Aux Indes anglaises, la Compagnie des Indes forgea à Bombay, à partir de 1671, des roupies d’argent et des pièces de cuivre. Dans les autres colonies anglaises, on ne trouve guère que de la monnaie de cuivre.
Les monnaies des colonies françaises ont été fabriquées principalement en France. Il existe des pièces de quinze et de cinq sols en argent de Louis XIV pour les colonies en général. Sous Louis XV on fabriqua de la menue monnaie au nom des Iles du Vent (Antilles) et des îles de France et de Bourbon; sous Louis XVI, apparaît celle de Cayenne. Les frappes dans les colonies furent rares et peu importantes.
Les compagnies hollandaises firent fabriquer, d’abord en Hollande, des piastres de huit réaux destinées aux Indes. En 1645, des couronnes et leurs divisions furent émises à Batavia. Au XVIIIe siècle, des ducatons au cavalier, des pièces de trois florins à la Pucelle et d’innombrables dutes de cuivre furent fabriquées en Hollande pour les Indes.
Les Danois ont aussi quelques menues monnaies locales dans leurs colonies.
Mentionnons à titre de curiosité la piastre frappée en 1751 par la Compagnie royale prussienne asiatique d’Emden, au buste du roi de Prusse Frédéric II.