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Les entreprises auront dans les années à venir un rôle prépondérant dans le financement des retraites comme elles l’ont aujourd’hui en matière de prévoyance. Sur les 150 milliards d’euros que devrait représenter l’épargne consacrée à la retraite dans quinze ans, la moitié pourrait, selon les estimations réalisées par les établissements financiers, transiter par les entreprises. Les salariés le souhaitent. Dans la dernière enquête réalisée par le Club de l’épargne salariale, 50% des salariés interrogés attendent de leur entreprise qu’elle les aide en mettant à leur disposition un dispositif d’épargne-retraite. De même, ils sont 60% à estimer que c’est à leur employeur de financer un bilan retraite personnalisé.

«Ces mêmes salariés, constate Guy Cabessa, président d’Interépargne, le leader français de l’épargne salariale, n’ont pas complètement pris la mesure du manque à gagner qu’ils auront à combler pour maintenir le niveau de vie une fois à la retraite. Les cadres et cadres supérieurs la surestiment de 10 points environ.» Mais, toujours selon l’enquête, ils se déclarent prêts à y consacrer chaque année 7,38% de leur salaire actuel, soit presque un mois de salaire, et 64% acceptent de voir leur investissement bloqué jusqu’à leur départ à la retraite.

«Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à anticiper cette attente», commente Thierry de Beyssac, président de Hewitt France. Pas seulement par philanthropie ! Conscientes qu’elles seront sollicitées en ce sens, les sociétés souhaitent contrôler leur masse salariale. «Elles réfléchissent au concept de rémunération globale voire à la carte, qui permet à certaines catégories de salariés de privilégier le salaire et à d’autres la retraite», ajoute Thierry de Beyssac.

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Cette prise de conscience est néanmoins encore l’apanage des grandes entreprises. L’enquête réalisée par Dexia Epargne Pension, la compagnie d’assurance-vie du groupe Dexia en France et le cabinet Aster, spécialisé dans le conseil en organisation, ressources humaines et management, distingue trois attitudes. Un premier groupe, composé d’entreprises généralement d’origine et de culture anglo-saxonne, dispose d’une politique établie en matière de retraite. Elles ont mis en place un système de rémunération différée et visent la fidélisation de leurs salariés. «Ces entreprises anticipent les tensions attendues sur le marché de l’emploi à partir de 2006», commente Alain Cougard, PDG d’Aster. A partir de 2006, en effet, 700 000 personnes quitteront le marché du travail chaque année contre 500 000 aujourd’hui. «Le deuxième groupe, relève Yves Bidel, directeur général de Dexia Epargne Pension, a plus une pratique opportuniste que systématique. Elles considèrent que l’épargne constituée à l’occasion de la participation et de l’intéressement est suffisante. Leur attention se porte le plus souvent sur la performance fiscale et sociale des différents modes de rémunération.» Enfin, le troisième groupe est constitué d’entreprises qui ne sont pas décidées à agir en matière de retraite.

Néanmoins, pour Florence Brisset, responsable de la clientèle institutionnelle chez Dexia Epargne Pension, l’enquête révèle dans les deuxième et troisième groupes des facteurs favorables au développement de systèmes de retraite : l’intérêt personnel du chef d’entreprise, la sollicitation des partenaires sociaux et, dans les plus avancées, une réflexion sur la gestion des âges, notamment le maintien de l’employabilité des seniors.

Dans la mise en place de cette épargne-retraite dans le cadre de l’entreprise, Jean-Baptiste Segard, directeur de l’épargne collective chez Sgam, dénote au moins quatre tendances lourdes : tout d’abord le développement d’une épargne diversifiée en vue de la retraite, ensuite l’élargissement du champ d’application des régimes mis en place à toutes les catégories de salariés et à toutes les tailles d’entreprise. Selon la dernière enquête de l’Insee, plus d’un Français sur six perçoit de l’épargne salariale, soit 17% de la population active contre 14% en 2002. Autre statistique : plus de 50 000 PME sont aujourd’hui dotées d’un dispositif de retraite. Le marché de l’épargne salariale voit également arriver de nouveaux acteurs (courtiers, assureurs, mutuelles). De surcroît, cette dernière n’est plus seulement commercialisée par des spécialistes, mais est proposée dans les agences bancaires au même titre que les produits retraite individuels. «Enfin, relève Jean-Baptiste Segard, les services apportés n’ont plus rien à voir avec ceux d’il y a quelques années : information sur les encours, le risque, la politique d’investissement, mise à la disposition d’outil de diagnostic retraite, patrimonial, communication multicanaux…»  «La préoccupation des entreprises aujourd’hui est de re-hiérarchiser leurs dispositifs de retraite», relève Guy Cabessa. «Et aujourd’hui clairement leurs objectifs les poussent vers le Perco.» Et Jean-Baptiste Segard d’ajouter : «D’ici à la fin de l’année, ce sont environ 600 000 salariés qui seront concernés par la mise en place d’un plan d’épargne-retraite collectif (Perco). Plus de mille PME sont en cours de négociation.»

 

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