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Avant l’arrivée des explorateurs et des colons européens, aucun peuple de l’hémisphère occidental ne connaissait la monnaie. Le commerce se faisait soit par le troc, soit à l’aide d’objets naturels ou transformés, servant de symboles monétaires, comme le wampun (des perles enfilées sur une ficelle) en Amérique du Nord, des grains de cacao au Mexique, et des tissus en Amérique du Sud.

La monnaie fut nécessaire aux colons européens pour les besoins du commerce intérieur, ainsi que pour les échanges avec la mère-patrie. De même, la monnaie permettait de contrôler le commerce avec les indigènes, qui se trouvaient contraints de traiter affaire à l’aide d‘instruments d’échange auxquels ils n’avaient pas facilement accès. Les Espagnols du Mexique et du Pérou en particulier eurent la chance de dominer des terres riches en argent et en or, tandis que les Britanniques et les Français en Amérique du nord ne découvrirent aucune source de métaux précieux digne de ce nom, pas plus que les Portugais au Brésil avant la fin du XVIIème siècle.

8 réales – Carlos III – Pérou – 26,58 Grammes

Les colonies espagnoles d’Amérique produisirent en quantité toutes sortes de numéraires de bonne qualité, destinés en partie à l’usage interne, en partie à l’acquittement des taxes et droits de douane sous la forme commode de lingots expédiés en Espagne. Ces monnaies prirent également le chemin de l’extrême-orient, en échange de denrées exotiques qui transitaient par le Mexique à destination de l’Europe. Ces monnaies étaient si abondantes et si commodes qu’elles finissaient par avoir cours même dans les zones non-hispaniques des deux continents américains, formant ainsi les bases historiques de la plupart des numéraires encore en vigueur dans ces pays.

Documentaire l’Âge d’Or Espagnol – El Siglo de Oro

Le numéraire espagnol des Amériques.

Forgé pour la première fois en 1535 à Mexico, avait pour unité le réal d’argent. Son multiple le plus important était la pièce de 8 réaux d’argent ou « real de ocho » au module du dollar.

Pièce de huit reales « colonnaire » de Potosi, avec la devise Plus Ultra de Charles Quint.

Une des toutes premières monnaies des Amériques frappée à Mexico au nom de Charles Quint et de Jeanne (1516-1555), bien que la pièce fût postérieure à leur règne. Le type du droit est aux armes royales, mais le revers aux colonnes d’Hercule accompagnées de l’inscription « PLUS VLTR(A) » (« Plus Outre ») indique l’extension continue de la souveraineté espagnole sur le nouveau monde.

Multiples et sous multiples de la pièce de 8 réales.

Les autres multiples est sous-multiples étaient des pièces de 4, 20 réaux, 1, 1/2 et 1/4 de réal. Son titre était formulé selon un système pré-décimal, dans lequel l’argent pur représentait 12 deniers et chaque denier, 24 grains. Jusqu’en 1772, le réal colonial était au titre de 11 deniers (0.916), puis il tomba à 10 deniers, c’est-à-dire 20 grains (0.902).
L’escudo d’or, au cours du XVIIIème siècle, fut taillé selon le même ratio que l’argent, avec la même gamme de multiples et de subdivisions, mais son alliage était de 21 carats (0.875). Comme l‘escudo valait 16 réaux, ce monnayage était bi-métalliste, le rapport or-argent étant fixé théoriquement à 16.5.

Escudo en or, Philippe 2

Afin de maintenir la qualité du numéraire, ses conditions étaient fixées par loi pour l’ensemble des ateliers coloniaux espagnoles, tandis que la typologie d’ensemble tendait, au cours des ans, à un conservatisme répétitif : c’est donc plutôt par la facture qu’on distingue les diverses productions du monnayage colonial. De bonne heure, l’on frappa les espèces d’argent sur des flans ronds et minces, dépourvus de virolle, ce qui leur conservait une physionomie légèrement médiévale. Passé le milieu du XVIème siècle, on émit plus fréquemment des valeurs plus lourdes sur des flans épaissis. Ces macuquinas, ou « épis » furent tout simplement découpées sur des feuilles ou des cylindres coulés.

macuquinas frappés en Bolivie.

Souvent leurs formes très irrégulières ne correspondaient pas au diamètre des coins, et l’épaisseur inégale des flans rendait impossible une empreinte parfaitement nette. Ces pièces d’une facture particulièrement négligée et d’apparence ingrate furent pendant près de deux siècles l’expression monétaire des richesses indiennes en métaux précieux. En 1732 seulement, fut créé un nouveau type caractéristique, le dollar « aux colonnes », frappé avec soin sur un flan rond et régulier.

Bien que le type aux colonnes d’Hercule ait déjà été en usage pendant près de 200 ans avant son apparition ici, les 8 réaux aux deux hémisphères de l’ancien et du nouveau monde, bien frappés, ont reçu spécialement le nom de « dollars aux colonnes ». Ce type servit également aux pièces de 4, 2 réaux, 1 et 1/2 réal. Mexico, 1732.

La fin de la domination espagnole au Mexique, en Amérique centrale et en Amérique du sud.

Elle n’eut pas d’effet immédiat sur le système monétaire en vigueur à travers ces immenses territoires. Au contraire, les ateliers principaux poursuivirent désormais leur production au nom des états indépendants là où ils étaient situés. Néanmoins, il fallait procéder au changement ou à la modification des types espagnols pour tenir compte des nouvelles réalités politiques, et des symboles républicains furent imposés à ce monnayage jusque-là impérial. Le buste du roi d’Espagne fut remplacé tantôt par de nouvelles armoiries, tantôt par l‘effigie du libérateur ou du président de la république, titre invariable, correspondant à des pouvoirs qui allaient de la modération constitutionnelle à la dictature.

La continuité entre les monnayages coloniaux et indépendants est ici bien illustrée par un des premiers 8 sols de la république de Bolivie. Le revers substitue un emblème local, avec un lama , aux armes royales espagnoles, et le droit représente le buste du libérateur Bolivar à la place de celui du roi d’Espagne, comme pour suggérer la restauration d’une monarchie locale, ce qui advint au Mexique en 1822, pour une courte période.

Le Real (monnaie en argent) et l’Escudo (monnaie en or)

Au début, les ateliers républicains conservèrent le système monétaire espagnol fondé sur le real et l’escudo. Si bien que, en théorie du moins, le numéraire des nouvelles nations était interchangeable du Rio Grande, au nord, jusqu’au cap Horn. Et ce fut bel et bien le cas dans une certaine mesure. Mais cette situation enviable ne pouvait durer. L’éclatement politique conduisit à l’individualisme monétaire et économique, de sorte que, même en l’absence d’entraves officielles à de tels mouvements de numéraires, les espèces monétaires se diversifièrent trop pour être interchangeables. A la fin du XIXème siècle, par exemple, le Mexique conservait encore les conditions de poids et de titre et, jusqu’à un certain point, le système de valeurs espagnol, qui assuraient à sa pièce de huit réaux, le peso, un bon accueil en Extrême-Orient. En revanche, le titre originel de la monnaie espagnole (0.902) était tombé à 0.500 au Chili. Le numéraire du Venezuela s’était aligné sur les normes de l’union latine, tandis que certaines nations d’Amérique latine et des caraïbes avaient accommodé leur numéraire au système des États-Unis, dont les espèces circulaient couramment dans le secteur.

Certaines nations dépourvues d’ateliers propres disposaient d’une quantité limitée de numéraire, dont la majeure partie était composée d’espèces coloniales et républicaines d’Amérique latine, auxquelles se mêlaient des pièces d’Amérique du Nord et d’Europe. De nos jours, les numéraires latino-américains sont de facture, de type, de valeur et de système de référence si variés qu’il est difficile d’imaginer qu’ils descendent tous d’un ancêtre commun.

Pays: Brésil
Date: 1731, Joao V
Dénomination: 12800 Reis
Poids: 28,68 g

Au Brésil, les Portugais trouvèrent en fait peu de métaux précieux : pour le numéraire, ils durent compter sur des importations ou sur des espèces hispano-américaines contremarquées ou surfrappées pour les intégrer au système monétaire portugais. Eux aussi utilisaient le réal (au pluriel ; réis) mais d’une valeur de cours si faible que la pièce de huit réaux espagnole, lorsqu’elle était surfrappée, était tarifée à 480 réis.

C’est seulement en 1693 qu’on découvrit de l’or à Minas Gerais, ce qui permit d’émettre toutes sortes de monnaies d’or brésiliennes. Elles circulaient en grand nombre, non seulement au Brésil et dans la mère-patrie portugaise, mais aussi en Amérique Hispanique, aux Antilles, et en Amérique du nord. Les liens étroits entre le Portugal et l’Amérique portugaise furent mis en évidence en 1807, quand la cour se fut enfuie de Lisbonne devant les troupes napoléoniennes et se réfugia au Brésil.

Le royaume brésilien accéda bientôt à l’indépendance, et prospéra pendant 67 ans, constituant ainsi la seule monarchie indépendante et durable de l’hémisphère occidental, à la différence des brèves aventures d‘Iturbide et de Maximilien au Mexique, et d’un certain nombre de présidents haïtiens qui se proclamèrent empereurs.

Les nombreuses îles des Antilles furent colonisées ou furent annexées plus tard par un certain nombre de puissances européennesEspagne, Angleterre, France, Pays-bas, Danemark, Suède– et par les États-Unis. Pour toute cette région étendue, qui comprenait des douzaines de colonies dont certaines sont devenues des états indépendants, deux ateliers seulement fonctionnèrent officiellement et ce pendant une courte période.

Déjà en 1542, les autorités espagnoles de Saint-Domingue (Haïti) avaient forgé des réaux d’argent et des multiples ainsi que du cuivre, dont la typologie se rapprochait de celle du numéraire mexicain de la même époque. Saint-Dominique émit aussi ses propres cuivre et billon pendant la première moitié du XIXème siècle. Sinon, la circulation monétaire des Antilles fut composée en général d’un mélange d’espèces européennes et de l’omniprésent numéraire hispano-américain, surtout sous forme de reales de Ocho. Les pièces frappées spécialement à l’intention d’une colonie particulière furent rares ; la circulation, sans cesse changeante, fut une cause de soucis constante pour les autorités coloniales qui trouvèrent une solution partielle en mutilant le numéraire importé : les reales de Ocho étaient coupés en deux, quatre ou six morceaux, chacun contremarqué au poinçon local, devenant par là une petite pièce de monnaie spécifique qui ne risquait pas d’être exportée ni utilisée ailleurs. On connaît des douzaines de variétés de ce numéraire partagé et contremarqué.