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Vous venez de recevoir un héritage, de vendre un bien immobilier ou de gagner au Loto une somme d’argent importante et vous vous demandez comment la placer. Après le recul des actions ces dernières semaines, trois professionnels, Marc Favard de Meeschaert, Philippe Troesch et Jean-Luc Delsol de la Financière du Capitole proposent une stratégie de placement à dix ans.

Se retrouver d’un coup d’un seul à la tête d’un capital, quelle bonne surprise! Quelle que soit son origine, cette manne est sans doute bienvenue. Mais reste à savoir comment la placer pour en tirer le meilleur profit. Et là, l’exercice n’est pas toujours aussi simple qu’on pouvait le penser avant… Le manque de visibilité actuel complique en effet la tâche.

Acheter un bien immobilier est un projet à moyen terme, une fois installé dans sa vie professionnel, autour des 30 – 35 ans.

La manière de placer le capital est bien sûr d’abord fonction des besoins et des objectifs de celui qui le reçoit. «La première chose à faire consiste à préciser ses projets de vie. Ce capital doit-il, par exemple, servir à préparer sa retraite, à acquérir rapidement un bien immobilier? Il faut faire la différence entre les projets de court terme, à réaliser dans les trois années qui viennent, ceux de moyen terme et ceux de long terme, c’est-à-dire de plus de 8 ans», explique Marc Favard, directeur de la gestion de Meeschaert.

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Supposons que le détenteur de ce capital soit déjà propriétaire de sa résidence principale, qu’il détienne une épargne de précaution et des valeurs mobilières. A 40-45 ans, marié avec deux enfants, il n’a pas besoin de revenus complémentaires et veut faire fructifier son capital. Sans y toucher pendant une dizaine d’années. Enfin, son degré de tolérance au risque actions est moyen.
A partir de cette équation de départ, que faire et à quel rythme? Les trois professionnels interrogés ont bâti des réponses différentes. Différentes, mais avec un point commun: elles visent toutes à limiter l’exposition au risque de départ en raison des incertitudes actuelles liées à la conjoncture et à l’environnement géopolitique. De plus, elles donnent la possibilité de profiter sur la période d’un rebond des actions.

Se constituer un apport de revenus lors de la retraite doit être prévu autour des 45 – 50 ans.

Aucune de ces allocations n’est classique. Habituellement en effet, la réponse «bateau» à ce type de demande consiste à consacrer 60 à 70 % aux actions et à diversifier sur des placements de taux (obligations et contrats en euros). «Au cours des vingt dernières années, ce type d’allocation a eu une performance comprise entre 5 et 10 % par an», indique Marc Favard. Cette fois, manque de visibilité oblige, les gestionnaires ont fait preuve de plus d’imagination!Parallèlement, tous recommandent de privilégier les structures fiscales «accueillantes», c’est-à-dire le PEA et l’assurance-vie.

MARC FAVARD (Meeschaert).

Le directeur de la gestion de Meeschaert conseille d’investir 30 % sur des placements de taux (obligations de maturité courtes ou contrats en euros), 20 % en obligations convertibles, 20 % en actions de rendement, 10 % sur des fonds Asie et Japon pour profiter de la croissance de cette partie du monde à horizon 10 ans et de conserver 20 % en liquidités en attente. Et il se donne six mois pour mettre en œuvre cette stratégie. Selon lui, le «timing» n’est en effet pas le meilleur: «Sell in may and go away», disent les Anglo-Saxons!

«Nous restons sur un scénario favorable aux actions, mais avec de fortes interrogations. La voie est étroite, davantage qu’il y a trois mois», explique-t-il. Ses interrogations portent sur la pérennité de la reprise, mais sont aussi liées au contexte géopolitique. «Les marchés anticipent sur six mois c’est le délai qui nous sépare des élections outre-Atlantique», remarque Marc Favard.

Avec des PER de 18 fois les bénéfices attendus aux États-Unis et de 15 à 16 fois en Europe, les actions ne sont à ses yeux ni vraiment chères ni bon marché. Le gestionnaire de Meeschaert souligne toutefois le manque d’alternatives, les placements monétaires et les obligations rapportant peu. Le travail de restructuration des entreprises constitue une autre bonne raison d’investir en actions. «Même si les indices boursiers ne progressent pas, l’investisseur en actions de rendement peut obtenir une meilleure performance qu’avec des obligations», estime Marc Favard. A titre d’exemples, il cite des titres comme Total, Suez ou Royal Dutch.

PHILIPPE TROESCH (Président du directoire Meeschaert Asset Management).

Pour placer le capital reçu, Philippe Troesch utilise trois enveloppes, un PEA, un contrat d’assurance-vie et un compte titres ordinaire. Il investira lui aussi progressivement, en cinq à six mois, sur ces trois supports.

Dans le PEA, il investit environ 10 % du capital. Cette somme servira à une gestion dynamique en actions, en partie en direct. Dans l’assurance-vie, il place 30 % sur le compartiment en euros. Puis, il mise 20 % sur des fonds «value» qui constitueront la base du portefeuille. «Ce sont des fonds que l’on peut conserver à long terme, ils progresseront moins que les indices dans un marché haussier, mais amortiront la baisse», prévient Philippe Troesch. Enfin, il investit 20 % sur des fonds de fonds de gestion alternative et 20 % sur des fonds d’obligations convertibles. «Les obligations convertibles présentent un bon compromis, même si les taux d’intérêt sont faibles, les indices boursiers sont eux aussi relativement bas», souligne Philippe Troesch. Dans cette allocation, 41 % du portefeuille est sensible aux actions. Ce type de portefeuille peut rapporter 8 à 10% par an en moyenne sur dix ans selon Philippe Troesch.

JEAN-LUC DELSOL (Financière du Capitole).

Jean-Luc Delsol gestion de patrimoine et pdg chez la financière du capitole

Compte tenu de la durée du placement (10 ans), le président de la Financière du Capitole conseille de placer le capital sur un PEA et un contrat d’assurance-vie, mais aussi de s’intéresser à l’immobilier. A ses yeux, l’immobilier constitue en effet une base stable du patrimoine et une bonne protection dans le temps contre l’inflation.

«Cet investissement en immobilier locatif se fera sans mise de cash. Il sera financé par un crédit in fine à environ 4%, dont le contrat d’assurance-vie constituera la garantie», explique Jean-Luc Delsol. Il table sur une rentabilité de l’ordre de 5,5 à 6%. Et recommande à ceux qui ne se situent pas dans une tranche d’imposition d’au moins 40 % d’acheter un bien classique, sans rechercher l’avantage fiscal de l’amortissement Robien. Ils se donnent ainsi de meilleures perspectives de plus-values et de rentabilité. «Je trouve les programmes proposés en de Robien assez chers aujourd’hui. Une bonne partie de l’avantage fiscal échappe à l’investisseur», explique en effet Jean-Luc Delsol.

Le capital reçu est quant à lui placé en plusieurs poches.
Dans le PEA, il mise sur des fonds actions européennes de croissance. Dans l’assurance-vie, il opère une large diversification. La moitié du capital est investie sur trois fonds réactifs et constitue la base du portefeuille. «La proportion investie dans des fonds réactifs pourra être revue en baisse quand la visibilité sera meilleure», explique Jean-Luc Delsol. Puis, 20 % du capital est placé sur le fonds en euros d’un contrat d’assurance-vie. «Là aussi, c’est une réserve pour pouvoir saisir des opportunités si les marchés actions se replient.»

Enfin, Jean-Luc Delsol conseille de placer 15 % sur des sicav Asie (en répartissant également le placement entre plusieurs gestionnaires) et 10 % sur des fonds situation spéciale (sociétés pouvant faire l’objet d’OPA, en retournement…) dont les performances ne sont pas directement liées à celles des indices. Il termine par 5 % en fonds de gestion alternative diversifiés pour décorréler le portefeuille. Une proportion minime justifiée par la difficulté à trouver de bons gestionnaires. «Les performances de ces produits ont été très contrastées, mieux vaut donc investir sur plusieurs fonds», explique Jean-Luc Delsol. De manière générale, quand les capitaux le permettent, il conseille de répartir entre plusieurs établissements chaque classe d’actifs.

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