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 Forte d’un taux de croissance estimé à 4,4%, l’économie américaine a créé l’an dernier 2,2 millions d’emplois nouveaux. Ces chiffres prennent en compte les 157 000 créations nettes de postes en décembre annoncés hier par le Département du travail, ainsi que les révisions en hausse des estimations des mois d’octobre et novembre.

La Maison-Blanche y voit le signe du succès de sa politique de baisses d’impôts.  La psychose d’un déclin économique américain, sous l’effet des délocalisations dans l’industrie et les services, continue d’affecter une partie des classes moyennes. Mais après seize mois consécutifs de créations d’emplois, elle n’est pas aussi forte qu’il y a un an. A l’époque, on parlait encore de  déflation et les candidats démocrates en pleines primaires mobilisaient l’aile gauche de leur parti sur ces thèmes chers aux syndicats.

La confiance des consommateurs est du reste nettement remontée en décembre. L’indice du Conference Board, qui mesure le sentiment des ménages, a terminé l’année à plus de 102, soit 10 points de plus qu’en décembre 2010. Il est vrai que malgré la croissance de 3% affichée par les États-Unis, l’économie américaine avait subi une perte nette de 61 000 emplois cette année-là.

Même dans le secteur manufacturier, le rebond de l’emploi américain en 2004 s’est confirmé.

Pour la première fois depuis 1997, l’Amérique est ainsi de nouveau créatrice nette d’emplois dans l’industrie. Le gain de 76 000 postes reste relativement modeste au regard des 3,2 millions d’emplois qui ont disparu dans ce secteur de 1998 à 2003. Cependant, tous secteurs confondus, l’économie américaine n’a toujours pas retrouvé le nombre d’emplois qu’elle connaissait avant la récession. La baisse du dollar ces derniers mois devrait toutefois aider les industries américaines à l’exportation. Or les produits manufacturés représentent 62% des exportations américaines. L’indice des directeurs d’achat publié le 3 janvier a du reste montré que l’activité manufacturière avait retrouvé son rythme le plus soutenu depuis 1973.

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L’Administration US espère que la hausse de 34% des cours du pétrole l’an dernier n’amputera pas trop le pouvoir d’achat de ménages par ailleurs très endettés. Elle compte sur la poursuite du rebond de l’investissement des entreprises et sur l’effet vertueux des créations d’emplois pour alimenter la croissance. Le taux de chômage devrait finir par revenir en dessous de son niveau actuel de 5,4%. Globalement, les économistes tablent sur un taux de croissance de 3,6% aux États-Unis cette année. Or, au cours des trente dernières années, la croissance américaine moyenne a été de 3,1%.

De son côté, la banque centrale américaine ne manquera pas de voir dans ces derniers chiffres de l’emploi un encouragement à l’abandon graduel entamé fin juin de sa politique monétaire stimulante. Pour la Réserve fédérale, c’est l’année de la victoire sur la menace déflationniste. Alan Greenspan et ses collègues veulent maintenant éviter  soit le retour des anticipations inflationnistes. Après cinq modestes majorations décidées depuis juin, le principal taux directeur de la Fed n’est encore que de 2,25%. Ce niveau est inférieur de plus de 1% au taux d’inflation américain constaté depuis la fin de l’année.

Les autorités monétaires américaines ont donc encore du chemin à parcourir avant de retrouver au minimum une politique monétaire neutre.

Aussi une majorité d’économistes table maintenant sur plusieurs hausses de taux directeurs de la Fed au cours du premier semestre. La prochaine devrait intervenir début février, lors de la réunion prévue du comité monétaire de la Fed. Dans l’immédiat, la prise de conscience de la détermination de la banque centrale américaine à persévérer dans ses relèvements de taux directeurs a renversé la tendance baissière du dollar de la fin de l’année 2004. La perspective de taux d’intérêt plus élevés aux États-Unis que dans la zone euro aidait même à la mi-journée à faire retomber la devise européenne à moins de 1,31 dollar.

Bercy confiant, les Français sceptique.

Les fêtes de Noël n’auront pas réussi à faire oublier aux Français leurs inquiétudes sur le climat économique. L’indicateur synthétique de confiance a de nouveau reculé en décembre (– 2 points), selon l’enquête Insee publiée hier. Le moral des ménages ne cesse de se dégrader depuis plus de trois mois, retrouvant son niveau de décembre 2003. La situation est de plus en plus contrastée avec l’optimisme affiché du gouvernement. Le ministre de l’Économie, Hervé Gaymard, a notamment réaffirmé hier sur RMC qu’il maintenait l’hypothèse d’une croissance française de 2,5%.

Les Français, eux, n’ont pas le sentiment de récolter les fruits de la moindre embellie. Leur opinion sur l’évolution passée de leur niveau de vie et ses perspectives d’évolution se sont toutes deux dégradées en décembre (respectivement de 3 et 6 points). En toute logique, ils sont donc plus nombreux à juger opportun d’épargner, même s’ils doutent de leur capacité à le faire dans les prochains mois, et moins enclins (– 2) à faire des achats importants. «L’arbitrage épargne-consommation risque de devenir moins favorable à la croissance», craint Emmanuel Ferry, chez Exane. Les ménages ont le sentiment que les étiquettes ont augmenté ces derniers mois. Même si les prix du pétrole ont bien reculé depuis les points hauts de l’automne, et que «l’inflation ne donne pas de signe de dérapage fort, les ménages ont perçu une remontée des prix», insiste Nicolas Claquin, au CCF. En revanche, ils anticipent un ralentissement de cette hausse. Perspective des soldes ou tendance de fond ? Le ministre de l’Économie a pour sa part indiqué hier que l’inflation était «en gros maîtrisée» et que l’hypothèse de 1,8% en 2005 était maintenue.

En outre, alors que le chômage ne montre pas encore de signe sensible d’amélioration, les Français restent logiquement inquiets même s’ils le sont un tout petit peu moins (– 1 point). Sur ce point, Hervé Gaymard a évoqué «l’anomalie française», et estimé qu’il faut «sortir d’une certaine préférence collective pour le chômage, arrêter la langue de bois, avoir un meilleur contrôle de l’emploi, augmenter la différence entre les revenus de l’assistance et ceux du travail». Le ministre n’en oublie pas pour autant que «l’immense majorité de ceux qui ne travaillent pas voudrait travailler» et appelle de ses vœux la réunion de tous – politiques, syndicats, forces associatives – pour prendre à bras le corps ce problème de l’emploi. Et sortir d’une situation qui plonge les Français dans la morosité.

 

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