Jusqu’où iront les cours du brut ? Pour l’instant nul expert ne peut le dire. Le prix du pétrole a franchi hier un nouveau record, dépassant la barre des 44 dollars le baril en séance à New York.


Principale raison de cette envolée subite : la déclaration peu rassurante du président de l’Opep, l’Indonésien Purnomo Yusgiantoro, qui a reconnu que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole n’était pas en mesure de produire à court terme davantage de brut pour calmer les tensions sur les marchés. En effet les pays de l’Opep, qui représentent environ 40% de l’offre mondiale, ne sont pas loin de leur capacité maximale, produisant près de 30 millions de barils par jour (mbj). Une première depuis 1979. «L’Opep admet ne plus pouvoir jouer le rôle de tampon qu’elle avait jusqu’à maintenant, en cas de problèmes majeurs d’approvisionnement sur les marchés», souligne un analyste de la Société générale. En effet, «les capacités de production inutilisées par l’Opep ont considérablement diminué en 2004, alors qu’en 2003 l’Opep disposait de marges de manœuvre à court terme», ajoute Françis Perrin, rédacteur en chef de la revue Pétrole et gaz arabes. Car depuis 2003, la demande pétrolière mondiale n’a cessé de croître. Elle devrait atteindre selon les dernières statistiques de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 81,4 mbj contre 78,9 mbj l’an dernier. «La Chine est devenue l’an dernier le deuxième pays consommateur de pétrole au monde après les Etats-Unis, dépassant le Japon», fait remarquer Françis Perrin pour expliquer l’un des facteurs principaux de la hausse de la consommation.


D’autant que dans le même temps, sur le plan géopolitique, les tensions sont croissantes. Hier, un énième sabotage s’est produit en Irak sur l’oléoduc situé entre Kirkouk (nord du pays) et le terminal pétrolier turc de Ceyhan. Il s’agit de l’une des deux seules voies d’acheminement des exportations de pétrole de l’Irak, deuxième pays au monde pour ses réserves de brut. Sans oublier qu’en Russie, Youkos, le premier producteur du pays avec 1,7 (mbj) est mal en point. Pour rappel ce pays détient la palme avec l’Arabie saoudite pour le niveau de production mondiale.


De quoi alimenter les craintes de pénurie qui règnent sur les marchés. Et pourtant les fondamentaux sont bons «l’offre de pétrole reste largement supérieure à la demande mondiale», tient à souligner Françis Perrin. Ce dernier n’attribue pas «la hausse des cours à un déséquilibre actuel mais à une perception de risques de déséquilibre futurs à court terme, à l’approche de l’hiver».

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Rien ne laisse présager que cette augmentation des cours va s’arrêter. «Les acteurs ont du mal à identifier dans le contexte actuel des éléments qui aillent dans le sens de la baisse», poursuit Françis Perrin. Bien entendu cette hausse aura des répercussions sur l’évolution de la croissance économique mondiale. Pour le consommateur final, cela se traduit aujourd’hui par une augmentation des prix à la pompe.