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Les Carolingiens La France, l’Allemagne et l’Angleterre jusqu’au milieu du XIIe siècle Le Nord et l’Est de l’Europe > L’Italie jusqu’au XIIIe siècle > La péninsule ibérique jusqu’à la fin du XVe siècle > L’or en Italie > L’ouest de l’Europe depuis le XIIIe siècle

Sommaire de cette page

Le monnayage sous les Carolingiens.

Denier de Pepin le bref

La VFS (Agence officielle de vente des pièces de collection de la République Allemande) vient de mettre sur le marché leur dernière pièce d’or, avec comme thème divers monuments Allemands énumérés à L’UNESCO. La pièce de cette année, qui est le neuvième de la série, rend hommage à la cathédrale d’Aix la Chapelle – ou Aachen en allemand, le premier site allemand ajouté à la liste de l’UNESCO des sites du patrimoine mondial. La magnifique cathédrale d’Aix la Chapelle est une église catholique romaine. C’est la plus vieille cathédrale du nord de l’Europe. Pendant 600 ans, de 936 à 1531, furent couronnés 30 rois et 12 reines allemands dans ses murs. C’est l’empereur Charlemagne qui a commencé la construction de la chapelle autour de 792. L’église fut consacrée en 805 par le pape Léon III en l’honneur de la Vierge Marie, et c’est aussi le lieu de repos de Charlemagne. La pièce, crée par l’artiste Berlinois Erich Ott, représente la cathédrale vue du côté sud. Le clocher est visible à l’extrême gauche, avec le dôme de la cathédrale au centre. Côté pile, le texte «WELTERBE DOM ZU AACHEN » (patrimoine mondial Aachen). Le revers comprend une représentation stylisée d’un aigle, l’emblème national de la République fédérale – avec le texte « BUNDESREPUBLIK DEUTCSHLAND 2012 » placé le long du bord. La valeur nominale de la pièce de monnaie de «100 euros» est placée juste sous l’aigle. Un «F» pour la fabrique de Monnaie de Stuttgart est droit de la dénomination. Frappée en qualité FDC et 0.999 or fin, la pièce pèse 15,5 grammes. Diamètre de 28 mm le prix est de 738,70 €. La prime de la pièce me parait peu élevé, c’est donc aussi un bon investissement.

Avec les Carolingiens, les attaches avec l’antiquité disparaissent, un système monétaire tout nouveau va s’élaborer : le denier d’argent, et son demi, l’obole, vont être jusqu’au milieu du XIIIe siècle les seules monnaies sonnantes et trébuchantes.
Pépin le Bref (714-768) entreprit de reprendre en mains les droits monétaires; il supprima le monnayage de l’or et y substitua celui de l’argent. L’unité monétaire devint le denier. Il y eut plusieurs tâtonnements avant que la taille de celui-ci pût être réglée de façon stable.
Finalement, Charlemagne (742-814) réforma les poids et mesures. Il augmenta l’antique livre romaine de 327 gr. 45 on ne sait pas exactement de combien, mais il est probable que ce fut d’un tiers, soit de quatre onces, ce qui donne 436 gr. 60. Et de fait, l’examen des monnaies frappées semble bien confirmer l’exactitude de cette hypothèse : de la livre d’argent, on tira 240 deniers. Or, les deniers de l’empereur oscillent entre 1 gr. 75 et 1 gr. 85. Si l’on admet pour le denier un poids intermédiaire, 1 gr. 82, on obtient comme poids de la livre 1 gr. 82 X 240 — 436 gr. 80, ce qui, à 20 centigrammes près, quantité négligeable pour l’époque, concorde avec le premier calcul.
Le sou, monnaie de compte depuis l’époque mérovingienne, fut soldé par 12 deniers. 11 y eut 20 sous dans une livre, et cette manière de compter, la livre vaut 20 sous de 12 deniers, soit 240 deniers, se maintiendra jusqu’à la fin de l’ancien régime et existe encore aujourd’hui en Angleterre.
Cependant, la livre poids et la livre compte de monnaies vont rapidement se dissocier : au cours des âges, le poids du denier va toujours aller en s’affaiblissant; la livre, compte de monnaies, restera immuablement fixée à 240 deniers; le poids de la livre compte de monnaies s’écartera donc de plus en plus de celui de la livre poids proprement dite.
Les deniers de Charlemagne sont divers : les premiers ne portent que des inscriptions dans le champ; ceux qui rappellent son couronnement montrent son buste en costume d’empereur romain; les deux derniers types ont la croix à quatre branches égales sur l’une des faces, et cette croix va persister sur toutes les monnaies pendant tout le moyen âge. Sur l’autre face, on voit un temple avec la devise « christiana religio » ou le monogramme de Carolus. Ce seront les deux motifs que retiendront les rois carolingiens de France; le monogramme s’immobilisera, si bien que l’on ne saura plus déterminer quel est le souverain qui a battu la pièce.

France, denier en argent de Charlemagne (768-814), Denier, Melle, TTB+ Nom sur deux lignes Légende stylisée en cercle autour d’un symbole similaire à un soleil CARO / LVS METOLO. Valeur : autour de 4000 euros en 2017

Charlemagne avait d’abord confié à ses comtes la surveillance des ateliers monétaires; en présence des abus commis par ces fonctionnaires, il ne laissa finalement subsister que l’atelier du Palais.
Dès le règne de Louis le Débonnaire, on recommença à monnayer dans la plupart des cités de l’empire. Cette décentralisation allait conduire à une véritable anarchie monétaire. Elle s’opéra à la fois par concessions et par usurpations. Les concessions furent accordées aux églises et aux ecclésiastiques qui ne possédaient pas d’atelier; les comtes, après avoir d’abord mis la main sur les profits du monnayage exercé au nom de l’empereur ou du roi, finirent par s’approprier la monnaie elle-même et en firent leur chose. Le droit de battre monnaie fut considéré très rapidement comme l’un des droits que conférait le comitatus, c’est-à-dire la possession de la dignité de comte.
La monnaie carolingienne inaugure la monnaie du moyen âge : les reliefs en sont plats ; l’aspect, géométrique ; les cercles de grènetis, écrasés ; il n’y a plus de modelé ; le portrait est exceptionnel, et encore, disparaît-il après le règne de Louis le Débonnaire.
Le traité de Verdun de 843 amena la séparation de la France et de l’Allemagne. L’évolution de la monnaie allait être fort différente dans chacun des deux pays.


La France, l’Allemagne et l’Angleterre jusqu’au milieu du XIIe siècle.

En France, la décadence fut rapide.

Philippe VI, Denier Parisis,

Un siècle avant l’avènement de Hugues Capet (987), on peut dire que toutes les monnaies, même celles qui sont frappées par le roi dans le domaine, sont seigneuriales, car les monnaies du roi n’ont cours que dans ses possessions personnelles. Les rois lutteront pendant quatre siècles contre les féodaux pour récupérer peu à peu les droits régaliens.
Au Xe siècle, plus de cent ateliers monétaires émettent des deniers aux poids et aux types les plus divers : on y trouve des effigies dérivant encore de celles des trientes mérovingiens, des dégénérescences de têtes méconnaissables, des attributs féodaux, laïques et ecclésiastiques : l’épée, le casque, le heaume, la croix, le type champenois du peigne, des motifs héraldiques en voie de se constituer.
Parmi les deniers de Hugues Capet, de types divers suivant les ateliers dont ils sont sortis, se trouve celui de Paris, le denier parisis qui porte les inscriptions HVGOFRAREX — PARISICIV (Hugo, Francorum rex et Parisius civ pour civitas). C’est la seule parmi les pièces de ce roi qui deviendra monnaie royale. Au fur et à mesure que sous les successeurs de Hugues le domaine s’accroît, le denier parisis augmente son aire de circulation. Après la reprise de la Touraine par Philippe-Auguste, le vieil atelier de Saint-Martin de Tours émit des deniers au chatel tournois portant PHILIPVS REX — TVRONVS CIVIS. Ces derniers coururent dans tout l’Ouest de la France, si bien qu’à partir de Louis VIII, il n’exista plus d’autres monnaies royales que parisis et tournois.

En Allemagne,

Les Carolingiens furent suivis par des empereurs et des rois énergiques, les empereurs de Saxe et de Franconie, l’autorité impériale se maintint plus longtemps qu’en France, mais, loin de reconquérir les droits monétaires, les monarques du Saint-Empire romain virent ceux-ci leur échapper de plus en plus.
Le monnayage des Carolingiens fut profondément modifié ; le monogramme est exceptionnel, les deniers portent fréquemment la tête de l’empereur et souvent un buste de profil, surtout dans l’ouest de l’empire; le temple carolingien est conservé mais simplifié, dans les bassins du Rhin et du haut Danube. Ailleurs, le type est remplacé par la légende placée horizontalement dans le champ sur une ou plusieurs lignes, ou celle-ci est disposée en croix. A Cologne, par exemple, COLONIA est surmonté d’un S barré ; au-dessous, on trouve A accosté d’une abréviation (Sancta Colonia Agrippina). Cette inscription, qui marquait des deniers d’aloi excellent, obtint une vogue énorme sur le Rhin, en Westphalie, aux Pays-Bas, où elle s’immobilisa.
A côté des ateliers impériaux, coexistent des ateliers de feudataires tant laïques qu’ecclésiastiques, et de villes, dans lesquels le denier varie de type et de poids. Vers la fin du XIe siècle, l’art se libère de la tradition. Le temple est remplacé par des dessins d’églises contemporaines; les représentations des empereurs et des évêques en pied ou assis se multiplient. En Westphalie et dans la vallée du Rhin, Munster et Cologne produisent les compositions les plus variées.
L’avidité de seigneurs qui prélevaient des droits de seigneuriage excessifs amena une réduction de la quantité de métal réservée à la frappe, principalement en Saxe et en Thuringe. Il ne fut plus possible d’obtenir deux reliefs sur les pièces. Cette situation conduisit à la frappe de bractéates.
Bien que plus légères que le denier, les bractéates ont eu cours sur le même pied que celui-ci. Il en existe des quantités énormes. Sur ces pièces, l’imagination du moyen âge s’est donné libre carrière, parfois avec une abondance de détail vraiment excessive : chevaliers revêtus de leurs armes, châteaux forts et tourelles, vues de villes stylisées, images de saints, types municipaux sont innombrables.
Vers le XIe siècle, un poids nouveau s’introduit dans la fabrication des monnaies : c’est le marc. D’origine Scandinave, le marc paraît avoir pesé à l’origine 8 onces de la livre romaine. Les plus anciennes mentions qu’on en rencontre se trouvent dans des documents anglo-saxons de 857 et de 901. Il fut adopté à partir du XIIe siècle; partout c’est un poids de 8 onces, mais il y eut un grand nombre d’onces différentes, et partant un grand nombre de marcs de poids différant entre eux.
Deux marcs ont joué un rôle particulièrement important :

en France, le marc de Troyes de 244 gr. 753 que l’on retrouve aux Pays-Bas avec un poids de 245 gr. 866; en Allemagne, le marc de Cologne dont les étalons oscillent entre 229 gr. 456 et 234 gr. 068. De même que la livre, le marc a été utilisé comme compte de monnaies; mais, à la différence de cette dernière, il n’a jamais représente une somme fixe de deniers comme c’est le cas pour la livre; il est toujours resté un poids; le nombre de deniers que représente le marc compté, est toujours égal à la quantité nécessaire pour obtenir un marc poids. Aussi, cette quantité varie-t-elle sans cesse.

Les seigneurs qui osèrent les premiers substituer sur les monnaies leur nom à celui de l’empereur furent Arnolf, duc de Bavière (907-937) et Gislebert, duc de Lotharingie (915-939). Tous deux battirent des deniers au Temple. Ajoutons-y Guillaume l’Ancien, comte de Lyon et marquis de Septimanie (921-923),et Guillaume Longue-Epée, duc de Normandie (927-943). Mais il faut attendre le début du XIe siècle, pour que l’usurpation complète des prérogatives monétaires par les seigneurs, les évêques et les abbés soit véritablement complète : c’est alors que s’étale audacieusement au grand jour le monnayage seigneurial qui durera jusqu’à la fin du moyen âge, puis se maintiendra encore sporadiquement pendant une couple de siècles aux Pays-Bas et en Allemagne, les grands féodaux n’hésitant plus à placer leur nom sur leurs espèces.

Citons-en quelques-uns : Baudouin IV, comte de Flandre (989-1036) ; Godefroid Ier, duc de Lotharingie (1012-1023) ; Renaud V, comte de Hainaut (1013-1030); Albert II, comte de Namur (-1064); Wazon, évêque de Liège (1042-1048); Ludolf, comte de Frise (-1038); Bernold, évêque d’Utrecht (1027-1054); Bernard Ier, duc de Saxe (973-1011); Bernward, évêque de Hildesheirn (993-1022); Adalbéron de Luxembourg, archevêque de Trêves (1008-1016); Conrad Ier, évêque de Spire (1056-1060); Werner Ier, évêque de Strasbourg (1001-1029); Adalbéron II, évêque de Baie (999-1025); Brunon, évêque de Wurzbourg (1034-1045).
En France, l’édit de Pitres de 864 s’efforça en vain d’arrêter le monnayage seigneurial. Alain IV de Bretagne (1084-1112) inscrit son nom sur les monnaies. D’autres seigneurs en firent autant, mais les deniers sont surtout à des types locaux, et beaucoup sont anonymes.
A la fin du XIe siècle, il se produit dans le nord de la France, aux Pays-Bas et en Lorraine un phénomène nouveau. Le denier à cette époque était fortement allié de cuivre. Le cuivre fut en grande partie supprimé; on ne conserva que l’argent légèrement allié; le poids se trouva considérablement réduit, ainsi que le module. Ainsi naquirent les mailles.

Maille-de-Simon-Arras

Le mouvement partit de l’Artois, se propagea en Flandre, puis en Brabant et de là en Lorraine. Il semble qu’à ce moment les villes de ces contrées aient conquis un droit de contrôle sur ce monnayage qui fut pratiqué dans toutes les villes importantes.
En Angleterre, après le départ des troupes romaines en 414, les Angles et les Saxons s’établirent dans le pays où ils fondèrent sept royaumes : Kent, Sussex, Wessex, Essex, Northumberland, Est-Anglie et Mercie, qui tous monnayèrent en continuant le monnayage romain. On rencontre des sous d’or, des trientes, des deniers d’argent nommés sceattas, et des pièces de cuivre, stycas, très difficiles à classer par suite de l’absence fréquente de légendes et de la difficulté de lire ces dernières.
Eadgar (959-975) réunit entre ses mains l’heptarchie tout entière; il fut roi de toute l’Angleterre. Les rois d’Angleterre maintinrent la frappe d’un denier de bon aloi au buste du roi généralement de profil. La conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant (1066) ne transforma pas le monnayage. Cependant l’effigie royale apparaît désormais très souvent de face.

Penny d’Henry II

Henri II (1154-1189) impose un type uniforme à tous les ateliers. Les pennies portèrent désormais au droit le buste de face du roi tenant un sceptre ; au revers on plaça une croix brève pattée qui fut transformée par la suite en une croix longue dont les cantons sont garnis de trois globules.
Cette monnaie se recommandait par l’exactitude de la taille et l’excellence du titre. Elle eut un succès considérable : dans tout l’ouest de l’Europe, où elle pénétra rapidement, elle fut abondamment imitée. Elle reçut le nom d’esterlin.
L’esterlin arrivait à un bon moment : le commerce et l’industrie prenaient un nouvel essor ; on avait besoin d’espèces plus fortes que le denier. Ce rôle échut à l’esterlin qui fut accepté sur le continent pour quatre deniers. L’esterlin du continent, après avoir reproduit le type anglais, s’en écarta délibérément, ce furent des symboles locaux qui remplacèrent la tête du roi, par exemple le lion, en Brabant.


Le nord et l’est de l’Europe.

Dans le nord et l’est de l’Europe, la monnaie se répandit en même temps que le christianisme. Le Danemark, la Norvège et la Suède à partir de l’extrême fin du Xe siècle, frappent des deniers d’abord copiés des pennies anglais, puis modifiés par des influences byzantines et l’adoption d’emblèmes particuliers. Les plus anciens portent des inscriptions en caractères runiques.
Les deniers polonais offrent un mélange de types anglo-saxons, allemands, bohémiens et byzantins.
Les monnaies de Bohême, après avoir présenté les mêmes particularités, ont connu comme motifs principaux les effigies du duc et de saint Wenceslas. Celles de Hongrie sont des deniers à types du terroir.
Quant à la Russie et à la Serbie, elles se rattachent directement à la zone d’influence byzantine; elles n’appartiennent pas à l’Occident : le denier y est inconnu. La principauté de Kiew, dès la fin du Xe siècle, possède des monnaies d’or et d’argent créées sur des modèles byzantins.


L’Italie jusqu’au XIIIe siècle.

L’Italie du Nord et du Centre a conservé longtemps le denier de style carolingien. Les papes eux-mêmes, bien qu’ils aient frappé quelques pièces d’allure byzantine au VIIIe siècle, inscrivent sur leurs deniers le nom de l’empereur à côté du leur. Leur monnayage ne devient autonome qu’à partir de Serge III (904-911).
L’Italie du Sud, restée byzantine, frappe des folles de cuivre, puis, dans le duché de Fouille, au XIe siècle, les Normands battirent des imitations de pièces d’or arabes et byzantines.


La Péninsule ibérique jusqu’à la fin du XVe siècle.

L’Espagne fut enlevée aux Wisigoths par les Arabes au début du VIIIe siècle. Ceux-ci y battirent des dinars d’abord à légendes latines, puis bilingues, et bientôt exclusivement arabes. A partir du XIe siècle, les souverains des petits États chrétiens qui se sont libérés — rois de Castille, de Léon, d’Aragon, de Navarre, de Portugal — frappent des deniers d’argent de types variés, tantôt au buste du roi, tantôt à des emblèmes.
Dans la seconde moitié du XIIe siècle, Alphonse VIII de Castille réintroduisit la frappe de l’or en imitant les dinars arabes. Les légendes sont en arabe, mais les inscriptions sont chrétiennes, et la croix figure dans le champ. Au royaume de Léon, Ferdinand II (1157-1188) agit de même, mais sur ses pièces d’or il plaça son buste et des inscriptions latines.
Au Portugal, les séries s’ouvrent par les maravédis d’or d’Alphonse Ier (1112-1185) conformes au système monétaire des Almoravides. On voit au droit le roi à cheval, brandissant l’épée, et au revers, les quinas, cinq petits écussons chargés de besants qui sont devenus les armes du Portugal. Quant aux monnaies d’argent, le denier et l’obole sont pratiquement les seules jusqu’au XIVe siècle, car si le premier gros d’argent remonte à Alphonse X (1252-1284), c’est à partir d’Alphonse XI, roi de Léon et de Castille, que le monnayage de l’or et de l’argent est en pleine efflorescence. On frappe la dobla en or au lion de Léon et au château de Castille, et le réal d’argent aux mêmes types, mais le real porte par la suite au droit l’initiale du roi et au revers les armoiries des deux pays. On voit aussi apparaître de grandes pièces d’or. Citons, sous Henri IV (1454-1475) la pièce de cinq henris d’or, de 90 millimètres de diamètre, qui pèse 229 grammes, au type du roi assis sur son trône.


L’or en Italie.

Ce sont les trois grandes villes commerciales, Gênes, Florence et Venise, enrichies par le commerce avec l’Orient qui, par leur exemple, y réintroduisirent la monnaie d’or en italie. Gênes fabrique le genovino d’or dès la seconde moitié du XIIe siècle, au même type que ses pièces d’argent, — denier et gros de quatre deniers — sur lesquelles s’étalait une porte de ville (janua), armes parlantes. Florence suivit en 1252 par la frappe du fiorino d’or, le florin au type du lis de Florence et au saint Jean-Baptiste qui allait connaître une vogue européenne. Venise enfin émit à partir de 1284 ses ducats ou sequins au Saint Marc remettant un étendard au doge agenouillé.


L’ouest de l’Europe depuis le XIIIe siècle.

Ce fut Saint Louis qui fournit au commerce occidental la bonne monnaie dont il avait besoin en créant en 1266 le denier d’or et le gros tournois d’argent. Son modeste denier d’or à l’écu n’eut qu’une frappe très limitée, mais c’est le point de départ d’une riche série de pièces d’or qui vont voir le jour sous ses successeurs.

Le gros tournois1, ou gros de saint Louis, de 1266.

Louis IX, communément appelé Saint Louis

Le gros tournois d’argent est le sou d’argent de compte transformé en monnaie réelle : il valait douze deniers tournois. On lui conserva le type du denier tournois que l’on enchâssa dans une bordure de douze fleurs de lis. L’autre face fut également conservée, mais on l’entoura d’une seconde légende marginale qui est une prière : « Benedictum sit nomen domini nostri Jesu Christi ». Le gros tournois, qui répondait à un besoin pressant, fut imité partout en France, en Lorraine, aux Pays-Bas, dans toute la région rhénane et le Palatinat.
L’esterlin anglais et ses imitations continentales en furent le tiers.
En Flandre et en Hainaut, Marguerite de Constantinople vers 1275, créa deux doubles esterlins, le petit gros à l’aigle pour la Flandre, et le double esterlin au cavalier pour le Hainaut. Ce dernier, s’il n’eut pas autant de succès que le gros tournois, fut imité aux Pays-Bas, dans le nord de la France et la Lorraine, ainsi qu’en Dauphiné et dans la principauté d’Orange.
Le type du florin d’or fut importé dans tous les pays de l’Europe par les financiers italiens qui vinrent y diriger les monnaies et enseigner aux princes l’art de tenir une bonne comptabilité.
La plupart des imitations conservent la fleur de lis et la figure de saint Jean-Baptiste. Citons-en quelques-unes : en France, sous Jean le Bon (1350-1360); en Aquitaine, sous Edouard III (1362); dans toutes les principautés belges, au début du XIV* siècle, dans toute l’Allemagne de l’Ouest et du Sud, en Autriche,en Hongrie,en Aragon et même dans la principauté d’Achaïe.
Une fois la frappe de l’or rétablie, l’épanouissement économique qui suit les troubles du début du XIV* siècle amène la frappe d’une multitude,de monnaies différentes suivant les pays.
En France, sous Philippe VI de Valois (1328-1350), le monnayage de l’or fait florès : la série des pièces est magnifique : parisis d’or, royal d’or, pavillon d’or, couronne d’or, double royal d’or, ange d’or, florin Georges, écu d’or, lion d’or, chaise d’or!
Aux Pays-Bas, la Flandre offre une magnifique série d’or sous Louis de Maele (1346-1383) : vieil ecu, royal, franc à cheval, franc à pied, lion d’or, heaume, nouvel écu, mouton. Le Brabant suit.
L’Allemagne ne connut guère d’autre monnaie d’or que le florin de Florence jusqu’en 1375. A partir de cette date, on constate une série d’altérations successives des types. Pour réagir contre cet état de choses, en 1386, les quatre princes-électeurs du Rhin (Cologne, Trêves, Mayence et Palatinat) ainsi que les villes de Francfort, Spire et Mayence se mirent d’accord pour frapper en commun un florin d’or qui prit le nom de florin du Rhin.

Noble d’or sous Édouard III Métal : or Diamètre : 34mm. Poids : 7,63g.

En Angleterre, les premières monnaies d’or datent du règne d’Edouard III. En 1343 on y frappa un florin d’or au type du roi assis sous un dais; celui-ci fut remplacé l’année suivante par le noble d’or qui allait avoir une vogue considérable. Sur le noble d’or, on voit le roi, debout dans un navire, couronne en tête, l’épée à la main droite, tenant un bouclier aux armes d’Angleterre et de France ; au revers, une croix feuillue et la devise Jésus autem transiens per médium illorum ibat (saint Luc, IV, 30), allusion à la puissance maritime de l’Angleterre avec sens talismanique. Cette monnaie resta, à des détails près, invariable jusqu’au règne d’Edouard VI (1547-1553). Le noble d’or fut imité en Flandre et en Brabant.
Le rétablissement de la monnaie d’or eut comme corollaire la création de monnaies d’argent de plus en plus lourdes. Le mouvement partit de la Flandre : en 1378, Louis de Maele ordonna la frappe du double gros dit botdrager qui fut continué par d’autres pièces de même valeur qui s’appellent double gros à la mante, cromstert, plaque, patard, vierlandcr, etc., et qui furent promptement imitées dans les principautés des Pays-Bas et sur le Rhin.
Les rois de France restèrent fidèles au seul gros, sauf Charles VII (1422-1461) qui fit fabriquer des doubles gros dans l’atelier de Tournai, à cause du voisinage de la Flandre.
En Allemagne et en Italie, le moyen âge s’achève dans la variété sans limite des types, mais avant que la grosse monnaie y soit en usage.


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