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La chute du dollar s’accélère .

Le dollar a subi un véritable accès de faiblesse, hier, en dépit de l’annonce de créations d’emplois nettement plus fortes que prévu en octobre aux États-Unis. A la mi-journée, sur le marché interbancaire américain, l’euro pulvérisait son record historique établi en février dernier, pour tester le cours de 1,2950 dollar. L’effet de surprise lié à la création de 337 000 postes nouveaux en octobre, et non pas 175 000 comme on s’y attendait, n’aura donc été que de très courte durée. D’ores et déjà, la communauté financière évoque des parités de 1,30 dollar, voire 1,35 dollar pour un euro dans les prochaines semaines.

La performance de l’emploi américain en octobre a pourtant été renforcée par la révision en nette hausse des créations de postes en septembre et en août. A tel point que depuis le début de l’année, l’économie américaine a finalement créé 1,98 million d’emplois nouveaux. De quoi valider a posteriori la convaincante victoire électorale, mardi, de George W. Bush.

Autour du dollar, la «psychologie baissière» s’est amplifiée. Les décisions de réallocation de portefeuille par un certain nombre de fonds spéculatifs et de fonds de pensions semblent avoir accéléré le mouvement. Il est vrai que les lendemains d’élections américaines sont souvent agités sur les marchés des changes. Tant que les opérateurs ne percevront pas des signes clairs indiquant que les États-Unis vont avoir moins besoin d’importer des capitaux, la tendance risque de durer. La soif de capitaux extérieurs, estimée à 2 milliards de dollars par jour, tient directement à l’insuffisance de l’épargne américaine, d’une consommation dopée par le crédit, qui soutient les importations, et d’un déficit des finances publiques de plus de 3% du produit intérieur brut (PIB).

Pour secourir le billet vert, à moyen terme, plusieurs conditions doivent être remplies. La première: que la croissance américaine continue de bien résister à l’envolée des prix du pétrole. Il faudrait en outre que le président Bush obtienne du congrès une maîtrise des dépenses publiques, voire des réformes fiscales encourageant l’épargne. Que la nouvelle administration parvienne à convaincre la Chine de réévaluer sa devise contribuerait aussi à corriger les déséquilibres commerciaux qui entretiennent ce pressant besoin de financements extérieurs. Dans un tel contexte, les déclarations occasionnelles des autorités américaines selon lesquelles «un dollar fort est souhaitable» redeviendraient crédibles. Car le sentiment largement répandu que le Trésor américain s’accommode d’une baisse progressive du dollar au motif qu’elle aide à limiter le déficit commercial américain, mine la devise.

Washington a certes raison de souligner que la baisse du dollar ces dernières années a été nettement moins marquée par rapport aux devises asiatiques que par rapport à l’euro. Le phénomène tient en partie à l’indexation de la devise chinoise sur le dollar. L’effet des taux d’intérêt européens, longtemps nettement plus élevés que ceux de la banque centrale américaine, est aussi à prendre en compte. Le différentiel de taux entre la Fed et la BCE est cependant sur le point de disparaître. Alan Greenspan et ses collègues s’apprêtent en effet à relever de 0,25%, à 2%, le principal taux directeur de la Fed le 10 novembre, lors de la réunion du comité monétaire. Ce taux, toujours très généreux au regard de l’inflation outre-Atlantique, sera alors aligné sur celui de la BCE.

En dépit de cela, le dollar est tombé hier à ses plus bas niveaux depuis neuf ans par rapport à un panier de devises représentatives des partenaires commerciaux américains.

Cette chute est d’autant plus frappante que, dans le même temps, les bons chiffres de l’emploi d’octobre ont poussé les économistes à conclure, comme Stephen Gallagher de la Société générale à New York, que la Fe «va poursuivre sans interruption ses relèvements mesurés de taux jusqu’à la mi-2005». Logiquement, cette perspective devrait soutenir le billet vert.

Reste à savoir si l’euro est surévalué. Alors que la croissance dans la zone euro subit l’impact de l’augmentation des prix de l’énergie, la question peut se poser. Les commentaires du président Jacques Chirac ont encore rendu cette interrogation plus pressant: «Oui, je suis un peu inquiet de la tendance à la baisse du dollar. Et l’Europe serait bien inspirée de prendre en considération les conséquences de cette baisse» a souligné le président de la République. Évoquant «la nécessité d’une réaction de notre part», le chef de l’état a indiqué que la question était «à examiner avec la BCE». La veille, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, s’était déjà inquiété de la «volatilité excessive» et des «mouvements désordonnés» sur les marchés de change. Ces deux formules conformes au code des pays membres du G7 traduisent bien la crainte de l’Europe d’avoir à supporter les conséquences d’un ajustement des déséquilibres américains à un moment où sa croissance fléchit et où ses réformes structurelles avancent à peine.

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