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L’état-major du London Stock Exchange (LSE) a rejeté en ces termes hier la nouvelle offre d’acquisition de Deutsche Börse (DB) pour 1,35 milliard de livres (1,95 milliard d’euros) qu’il juge «insuffisante». Pour l’heure, le London Stock Exchange «croit fermement que la proposition sous-évalue la société et les synergies substantielles qui pourraient être dégagées d’une alliance du LSE avec un autre grand opérateur de Bourse», indique cette direction dans une déclaration remise à l’autorité boursière britannique.

Néanmoins, le LSE ne ferme pas la porte à des pourparlers avec l’opérateur de la Bourse de Francfort en vue de constituer, éventuellement, la plus grande Bourse paneuropéenne. Il accepte le principe de discussions «pour examiner si une offre améliorée de façon significative pourrait être dans l’intérêt de ses actionnaires et de ses clients». L’annonce de Deutsche Börse n’a pas surpris le marché londonien. La rumeur d’une tentative de rapprochement courait dans la City depuis six semaines. D’ailleurs, le LSE en a déjà perçu les dividendes avec une hausse de 29% de son titre depuis le début de l’année alors même que ses performances, au premier semestre 2014, sont à la traîne de ses grands concurrents européens, Euronext et Deutsche Börse. Hier, le titre a littéralement explosé, progressant de 25,58% à 540 pence, soit un cours supérieur de 10 pence à l’offre. Manifestement, les investisseurs sont persuadés de la vente de la Bourse de Londres, certains faisant même le pari d’une surenchère.

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En tout cas, les regards se sont tournés vers Euronext, le principal concurrent européen de Deutsche Börse. La Bourse paneuropéenne, qui gère les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, n’a pas souhaité commenter l’opération. Mais la chute hier de son titre (– 4,69% à 21,55 euros) témoigne du dilemme auquel l’opérateur fait face. S’il assiste sans réagir à l’absorption du LSE par Francfort, il se trouvera ensuite confronté à un concurrent autrement plus puissant que lui en Europe. Mais, si Euronext se lance dans une surenchère, il prend le risque de surpayer sa proie. Car l’offre de Deutsche Börse est déjà généreuse. Elle valorise Londres environ 15 fois son résultat d’exploitation, avant amortissements, 2004 (au vu des résultats semestriels), alors que DB et Euronext sont valorisés chacun entre 8 et 9 fois ce même résultat. Le titre DB a également subi la sanction des investisseurs, cédant 4% à 42,75 euros.

Il n’empêche, pour le président du directoire de Deutsche Börse, Werner Seifert, cette offre présentée comme amicale est l’occasion d’effacer un échec. En mai 2000, en effet, il était parvenu à un accord avec l’opérateur londonien pour crée iX – International Exchange. Ce projet de fusion, renforcé par une association stratégique avec le Nasdaq américain, devait permettre de constituer «une plate-forme globale» marginalisant les autres places européennes. L’agrément signé dans l’euphorie entre les états-majors annonçait des lendemains prospères sur le mode lyrique.

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C’était aller vite en besogne.

Au cours de l’été 2000, le mécontentement des utilisateurs et des actionnaires du LSE se traduisait par une campagne à fort relent d’anti-germanisme. A cette réticence des Britanniques à voir passer leur Bourse, créée en 1698, sous pavillon étranger s’ajoutait alors une offre d’achat surprise d’OM Gruppen, l’opérateur de la Bourse de Stockholm! Il n’en fallait pas davantage. Le 12 septembre 2000, le London Stock Exchange, sous le prétexte d’avoir à organiser sa défense contre OM Gruppen, renonçait à l’opération avec Deutsche Börse.
L’échec fut aussi cuisant pour la direction du LSE et son président Gavin Casey qui a laissé peu après sa place à Clara Furse, l’actuel président du directoire.

Depuis, le LSE, qui s’est restructuré, continuait à étudier «toutes les options possibles de croissance». Mais, en 2001, nouvel échec: le LSE voit Euronext lui souffler le contrôle du Liffe, le marché londonien des produits dérivés.
Reste à savoir comment vont réagir les grandes institutions financières face à la perspective d’une fusion avec Francfort. Elles peuvent craindre, dit-on à la City, qu’une telle opération ne donne naissance à un opérateur exagérément puissant sur le marché des échanges transfrontières. Quid alors de la baisse des tarifs auxquelles elles s’étaient habituées ces dernières années.

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