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Euro-dollar : l’Europe s’alarme, Washington se tait

Est-ce reculer pour mieux sauter ? A deux doigts du seuil psychologique de 1,30 dollar pour un euro (qui mettrait le dollar à environ 5 francs), la monnaie européenne est retombée hier après-midi après les déclarations du président de la BCE, Jean-Claude Trichet.


Ce dernier a comme toujours emprunté le langage diplomatique pour signaler, à l’issue d’une réunion au siège de la Banque des règlements internationaux, que les récents mouvements du marché des changes «qui tendent à être brutaux» n’étaient pas «les bienvenus du point de vue de la BCE». Ces propos ont suffi à calmer l’audace des cambistes qui avaient hissé l’euro jusqu’à 1,2986 dollar dans la matinée.


Pour les observateurs, cette reculade à 1,2930 dollar en fin de journée n’est que partie remise. L’incapacité du dollar à profiter des très bons chiffres de l’emploi américain vendredi est un signal clair que «l’attention du marché s’est détournée de la croissance américaine et se concentre aujourd’hui sur les déficits extérieurs du pays», analyse-t-on chez Barclays Capital.


Demain, les opérateurs auront encore l’occasion de se faire peur puisqu’on attend la publication du déficit commercial de septembre. Le chiffre ne devrait pas être très éloigné de celui d’août (– 54 milliards de dollars). Dans ce contexte, la hausse attendue du principal taux directeur américain le même jour ne suffira pas à ranimer durablement le billet vert. Pour la troisième fois de l’année, la Fed devrait relever le taux des «fed funds» de 25 points de base, à 2% et chacun guette les commentaires dont la décision de la banque centrale sera assortie.


L’impression des opérateurs aujourd’hui est que si Washington prend acte dans sa politique monétaire de la vigueur de la croissance économique, ce n’est pas incompatible avec le fait que les autorités américaines approuvent l’affaiblissement de leur monnaie. L’Europe elle-même ne fait pas front uni : si la BCE ne voit pas ce mouvement d’un bon œil, le chancelier allemand Schröder estime que la situation n’a rien de «dramatique» compte tenu des bonnes performances des exportateurs allemands. A l’entendre, la baisse ordonnée du dollar qui ne provoque pas de mouvement de panique sur les marchés financiers, n’est donc pas ingérable. Sachant que l’état catastrophique des comptes publics américains rend cette baisse pratiquement inéluctable.


Reste que sur le marché des changes où s’échangent chaque jour environ 1 900 milliards de dollars «un ajustement ordonné peut devenir très rapidement désordonné», constatent les économistes de Barclays Capital. Par ailleurs, la tension s’accroît à l’approche de la fin de l’année, période de renouvellement ou de mises en place de couverture du risque de change par les entreprises. C’est bien pourquoi Jean-Claude Trichet redoute avant tout la volatilité qui réduit la visibilité financière des sociétés. Actuellement, «la croissance économique mondiale est dynamique, l’économie progresse très rapidement», a-t-il déclaré hier, en annonçant «un léger ralentissement» pour l’an prochain.

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