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Trois grandes périodes marquent l’histoire clés techniques monétaires :

  • la première va des origines de la monnaie métallique jusqu’au XVIe siècle : c’est l’ère de frappe au marteau ;
  • la deuxième, ère de la frappe au balancier, va du XVIe au début du XIXe siècle;
  • l’ère moderne, inaugurée depuis 1830 environ, avec la presse monétaire.

La frappe au marteau. Les débuts du monnayage.

La frappe au marteau commençait par la fabrication des flans, rondelles de métal destinées à recevoir la gravure. Les flans étaient découpés au moyen de cisailles dans des lames obtenues en aplatissant à coups de masses un lingot sorti du four. Avant de les frapper, il fallait s’assurer qu’ils étaient bien au poids voulu : on les pesait donc sur le trébuchet et, s’il le fallait, on les limait très légèrement.
Quant à la frappe (ou monnayage), elle s’est effectuée sensiblement de la même façon pendant des siècles. Gravures, chapiteaux, vitraux nous montrent le monnayeur frappant, ou s’apprêtant à frapper, une pièce entre deux coins ; le premier est fiché dans un billot de bois (la pile) sur laquelle repose le flan, le deuxième (trousseau) est placé dans la main gauche du monnayeur, la droite étant évidemment armée du marteau nécessaire à la frappe. Les coins sont les modèles de gravure qui servent à donner à la pièce son relief. On les gravait manuellement un à un. Le Graveur Général des Monnaies en envoyait des patrons que les graveurs des monnaies provinciales reproduisaient.


Vidéo : Reconstitution de la frappe au marteau d’un Denier au Moyen Age.


La frappe au balancier. Les début du monnayage moderne.

Fabriqué en fer, en bronze et en acier en France en 1831, et installé au siège de la Monnaie royale espagnole à Madrid en 1832. Au Musée archéologique national d’Espagne (Madrid)

La frappe au marteau, outre son manque de rapidité, offrait un grave inconvénient, surtout avant la création de la charge de graveur général (1547), car les graveurs particuliers — ou tailleurs — exécutaient directement les poinçons et les coins nécessaires. Leur talent, fort inégal, donnait naissance à une variété infinie dans les types d’une même monnaie, ce qui facilitait singulièrement la tâche des faux-monnayeurs.

Le « point secret » et le « différend »

Les faux monnayeurs ont été le tracas de tous les gouvernements. Le premier qui tenta sérieusement de mettre un frein à leurs agissements, funestes pour le trésor public, fut Charles VI (1389). Pour qu’il fût possible de connaître l’atelier monétaire et le maître qui avait émis une monnaie, chaque espèce devrait désormais porter un signe spécial, dit aussi « point secret », placé sous une lettre déterminée des légendes; en comptant le nombre de lettres, on devait trouver sous celle qui était fixée, le point indiquant la ville : c’était le différend. Ainsi le point placé sous la première lettre désignait Crémieu, sous la deuxième, Romans, sous la dix-huitième, Paris, etc. En outre, le maître de la Monnaie mettait sa marque ou différend sur chaque pièce. (Cette pratique subsiste encore; le différend change avec chaque nouveau directeur de l’Hôtel des Monnaies. Le « différend » du directeur actuel est la chouette). En 1540, François Ier remplaça les points par des lettres. Malgré ce progrès, la technique décrite ci-dessus ne permettait pas d’assurer aux espèces une rotondité parfaite : les « rogneurs » sévissaient sur une large échelle. C’est pourquoi nous avons vu Henri II dépêcher à Augsbourg ses plus fins négociateurs pour acheter l’invention du chevalier du Saint-Sépulcre. Il s’agissait en fait d’une véritable révolution technique. Parmi l’outillage rapporté d’Allemagne par M. de Marillac figuraient, entre autres, les instruments suivants :

  • a) Des laminoirs qui permettaient désormais de donner aux lames de métal l’épaisseur voulue avec beaucoup plus de précision qu’auparavant. Ils fonctionnaient sur roues de moulin à eau.
  • b) Des découpoirs pour préparer les flans.
  • c) Enfin, et surtout, des presses ou balanciers pour imprimer les flans.

Video: deux corps de balanciers monétaires récemment découvert à Rennes


L’œuvre de Henri II.

Le principe du balancier tenait dans la force d’une masse qui tombait sur le flan à frapper, guidée par une vis, après avoir été lancée à bras d’hommes. Il fallait une équipe de 8 à 12 hommes, se relayant tous les quarts d’heure, pour manœuvrer un balancier. Des tenailles maintenaient en place les coins sous le balancier.
L’installation du nouvel atelier et les premiers essais demandèrent plus d’un an, Les épreuves faites en présence du roi furent jugées très satisfaisantes malgré l’hostilité des officiers de la Cour des Monnaies, qui ne voyaient pas d’un bon œil l’intrusion du nouveau système. Henri II trouva que « la figure et graveure (des pièces d’essai) tant singulière, subtille et excellente que, sans grande apparence de faulseté, il est impossible de pouvoir contrefaire, rongner ny altérer » et il prescrivit que désormais toutes les espèces faites dans cet atelier auraient le même cours que celles fabriquées à la Monnaie de Paris et dans toutes les Monnaies du Royaume.
Mais l’indépendance des nouveaux fonctionnaires, la supériorité des produits du nouvel atelier (d’autant plus nette qu’Aubin Olivier devait mettre au point une invention remarquable qui complétait l’outillage d’Augsbourg, à savoir la « virole brisée » avec laquelle on peut obtenir une inscription en relief ou en creux sur la tranche des pièces) provoquèrent la jalousie de la cour des Monnaies et des corporations de monnayeurs. Après un certain essor, dû à l’appui personnel de Henri II, la Monnaie des Étuves se vit cantonner dans la fabrication des médailles et il fallut attendre le début du règne de Louis XIV pour que l’usage des nouveaux outillages fût imposé et généralisé dans tous les ateliers monétaires. Grâce à une série de perfectionnements techniques ajoutés au cours des ans, le balancier monétaire était devenu, au début du XIXe siècle, un instrument relativement rapide (un coup par seconde) et mécanisé (un bras mécanique, entre autres, permettait de « positionner » les flans et d’éjecter les pièces frappées).


La presse monétaire. La technique actuelle de fabrication des monnaies.

Il semble que le principe de la presse monétaire ait été entrevu à peu près en même temps (entre 1810 et 1830) en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France. Mais c’est un Allemand des environs de Cologne, Uhlhorn, qui construisit la première presse. Un Français, Thonnelier la perfectionna considérablement. Le procédé Thonnelier consiste principalement à substituer à la percussion produite par la vis du balancier une pression exercée par un levier. Un organe articulé, dit main-poseur, amène mécaniquement le flan entre les deux coins empilés dans un godet ; après avoir reçu, en un seul coup, les empreintes de l’avers et du revers et l’inscription ou (grénetis) sur la tranche, grâce à la virole brisée, les flans sont chassés automatiquement dans un conduit qui aboutit à un panier ou à un seau.
La première presse française, installée à la fin du règne de Louis-Philippe, en 1845, à l’Hôtel des Monnaies, permettait de frapper aussi vite qu’au balancier, avec seulement deux hommes (au lieu de 8 à 12) actionnant une manivelle.
Mais c’est l’application de la vapeur, puis du moteur électrique qui a permis de donner à la presse monétaire son rendement actuel (jusqu’à 800 pièces/minute).
Le processus de fabrication des flans (fonte de l’alliage, laminage à l’épaisseur voulue, découpage clés rondelles) n’a pas reçu, dans son principe, de modification notable. Mais ces dernières années, le four électrique, l’augmentation de puissance des laminoirs et les découpoirs automatiques ont permis d’accroître considérablement les rendements. Comme on le verra un peu plus loin, une grande partie des opérations a été mécanisée au maximum.
En ce qui concerne la confection des coins, la première moitié du XIXe siècle a vu apparaître un nouveau procédé dit de l’enfonçage qui permet de répéter mécaniquement les coins, c’est-à-dire de les produire en série d’après un prototype unique en relief « poinçon ». A la fin de ce même XIXe siècle, un nouveau progrès intervint avec le tour à réduire. Alors que jusque-là, le prototype ne pouvait être obtenu que par la taille directe du modèle projeté par le graveur, le tour à réduire (fonctionnant selon le principe du pantographe) permet de produire, en gravure mécanique et à l’échelle voulue, la maquette modelée par l’artiste (qui n’est plus nécessairement graveur) à une échelle différente.