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Numismatique

Aux origines de la monnaie frappée.

Le mot monnaie proviendrait du latin moneta, qui viendrait lui-même du mot latin monere qui signifie « avertir ». Dans la Rome antique, on frappait monnaie à proximité où à l’intérieur du temple de Junon (de son surnom Moneta). Le mot serait resté…

Une autre explication :  Le mot monnaie viendrait du latin munus, qui signifie “charge” et “présent”, en celtes le mot moinos veut dire trésor…Mais ces deux derniers viennent de l’indo-européen « Mei » qui exprime le fait de changer ou d’échanger.

L’histoire de la monnaie et son apparition semble indissociable du commerce et des transactions pour éliminer toutes les difficultés inhérentes au système du troc.

« Ce genre d’échange (le troc) n’est pas contraire à la nature et n’est pas non plus une forme de l’art d’acquisition, puisqu’il ne servait qu’à compléter l’autarcie naturelle; et pourtant c’est de lui qu’est sorti logiquement cet art (le commerce). Quand l’aide étrangère devint plus importante par l’importation de ce dont on manquait et l’exportation de ce qu’on avait en surplus, l’usage de la monnaie s’introduisit comme une nécessité. Il est difficile, en effet, de transporter tous les produits dont on a naturellement besoin; aussi les hommes convinrent-ils pour leurs échanges de donner et de recevoir réciproquement une matière qui, utile par elle-même, fût facile à manier pour les besoins de la vie courante, comme le fer, l’argent et toute autre matière semblable, dont la valeur fut définie d’abord uniquement par les dimensions et le poids, et enfin par l’apposition d’une empreinte pour éviter l’embarras de mesures continuelles; l’empreinte fut mise comme signe de la quantité de métal. »
A
ristote, Politique, 1257 a 28 – 1257 b 19 (trad. J. Aubonnet, Belles Lettres, 1960).

Avec l’apparition de l’écriture cunéiforme sur tablettes d’argile entre -2000 et -3000 ans avant J.C en Mésopotamie, des textes comptables relatent les dettes et les crédits relatifs aux affaires du commerce mais la technique a ses limites. Il faut en effet une administration performante et conséquente pour gérer un tel système. D’autres tablettes à Babylone mentionnent des paiements en poids d’argent qui peuvent être des bijoux découpés pour peser le poids exact à payer.

Les premiers métaux comme l’or et le cuivre, apparaissent en Europe dès le VIème millénaire avant J.C dans les communautés néolithiques des Balkans selon Venceslas Kruta dans « Les Celtes, Histoire et Dictionnaire », Laffont 2000. Ces métaux auraient pu servir de moyens d’échanges à cette période très ancienne sous la forme de petits lingots avec une valeur propre. Ces petits lingots peuvent prendre une forme de produits semi-finis comme les petites haches de bronze en Europe pendant l’âge du Bronze (1500 avant J.C). Des formes réduites apparaissent pour mieux convenir aux petites transactions. Puis les formes réduites sont stylisées…

En Anatolie surtout, apparaît le travail du cuivre et aussi un peu plus tard, dans le royaume de Lydie (situé dans l’actuelle Turquie) sous le règne du Roi Crésus et probablement de son père, apparaissent des Créséïdes, pièces frappées à partir de pépite d’électrum (alliage d’or et d’argent) :

« Crésus fut le premier des Barbares à soumettre des Grecs qu’il obligea à lui payer tribut, tandis qu’il concluait des accords d’amitié avec d’autres: il soumit les Ioniens, les Eoliens et les Doriens établis en Asie Mineure (Hérodote, I, 6). Les tribus étaient payés en pièces, la solde des soldats également. Hérodote affirme également que ce sont les Lydiens qui ont inventé la monnaie (Hérodote, I, 93). « De tous les peuples que nous connaissions, ce sont les premiers qui aient frappé, pour leur usage, des monnaies d’or et d’argent, et les premiers aussi qui aient fait le métier de revendeurs ».

La monnaie est aussi un système de récompense et de dons. Le Roi Crésus donne de fortes sommes à différents temples. Il récompense aussi certain de ses serviteurs :

« Il le fit venir à Sardes et lui fit cadeau d’autant d’or qu’il pourrait en emporter sur lui en une fois. Alcméon, devant ce cadeau d’une telle nature, recourut à ce procédé : il porta un vêtement ample, formant à la ceinture une vaste poche retombante, chaussa les bottes les plus larges qu’il put trouver… Il entassa le long de ses jambes autant d’or que pouvaient en contenir ses chausses, remplit entièrement d’or le pli de son vêtement, poudra d’or ses cheveux, en prit d’autre dans sa bouche et sortit de la salle du trésor en traînant avec peine ses bottes; il ressemblait à tout, sauf à un être humain, la bouche bourrée et tout le corps gonflé. À cette vue, Crésus fut pris de fou rire » (Hérodote, VI, 125).

Les frappes sont faites à coup de marteaux sur des flans de métal fait d’or et d’argent où un signe, un sceau est imprimé grâce à une matrice (le coin). Les coins étaient fait de bronze plus ou moins dur. Les flans étant plus mou que le bronze la technique fut efficace.

On distingue deux types de coins :

le coin de droit, fixé sur l’enclume
le coin de revers, mobile, celui qui est frappé par le marteau ou la masse.

Les premières pièces grecs frappées sont d’un poids très précis, les flans étant coulés suivant une technique qui nous échappe encore et qui font l’objet de recherches…Il y a les statères (environ 12g), le tiers de statère ou trité, et les autres divisionnaires : dioboles, oboles, chalques…Si la valeur d’un statère est identique sur tous les marchés, malgré de faibles variations de poids, on constate qu’en Lydie les pièces comportent en proportion plus d’argent que l’électrum naturel. Les orfèvres de l’époque savaient donc séparer l’or de l’argent et reconstituer l’alliage monétaire pour le plus grand bénéfice du Trésor du Roi en retirant une part d’or !

L’emploi d’électrum est ensuite abandonné pour l’emploi d’or et d’argent pur spécifiquement pour un type de monnaie. Les pièces ont ainsi leur valeur propre dépendant du poids et du titre de la monnaie.

Après Crésus, certaines citées grecs reprennent à leur compte la technique monétaire.

Tétradrachme d’Athènes

Plusieurs mines d’argent sont ainsi exploitées entre 550 et 500 avant J.C dans le Péloponnèse. Chaque citée grecques impriment sa marque particulière sur ses pièces, marquant là son identité, sa communauté politique.Les frappes monétaires se répandent ensuite dans tout le pourtour méditerranéen et joue un grand rôle dans les entreprises maritimes.

En particulier à Egine et Corinthe qui sont les plus grands ports de cette époque et dans le même temps les ateliers monétaires le plus productifs. En 483, les Athéniens décident d’employer leur ressources d’argent en construisant une flotte de 200 trières (200 hommes par trières, ce qui représente 40 000 hommes ! C’est considérable) pour un coût unitaire de 1 talent soit 6000 drachmes (4,366×6000 = 26,196 Kg d’argent). L’argent n’était pas pur pour autant, il pouvait contenir une part non négligeable d’étain ou/et de plomb.

Hors monnaies frappées, il ne faut pas oublier de nombreuses monnaies non métalliques qui ont eu cours des temps anciens jusqu’à des jours récents de part le monde.

Citons :

– les cauris (ou Kauris), coquillages ayant eu un certain succès au point que son utilisation fut développée dans une grande partie de la zone Pacifique (Chine comprise) jusqu’en 1500 après J.C. L’utilisation des Kauris continua jusqu’à la fin des années 60 dans certaines régions d’Afrique.
– les fèves de cacao chez Aztèques
– le sel qui servit à payer les légionnaires romains, d’où le mot salaire.
– des morceaux d’ambre en Europe
– les pierres de Yap
– les dents de baleine (tambuas) chez les Fidjiens

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